La mesure du bien-être
Une remarquable occasion
Introduction
Volonté politique
La mesure du bien-être
Buts et mesures
PIB - La mesure actuelle
Les préoccupations environnementales
Préoccupations sociales
Indicateur de progrès véritable
L'évolution des valeurs marchandes
Conclusion
Le projet de loi de la 7e génération
Proposition de campagne
Dimension internationale
Une remarquable occasion
Pendant la campagne électorale fédérale de 1997,
une relation tout à fait inhabituelle s'est établie entre
deux candidats dans la circonscription de Leeds--Grenville, Joe Jordan du
Parti libéral du Canada et Peter Bevan-Baker du Parti vert. M. Jordan
s'est aperçu que ses convictions, le résultat d'années
consacrées au développement en Éthiopie d'abord, puis
dans la Hongrie nouvellement indépendante, se retrouvaient dans l'appel
de M. Bevan-Baker, lequel voulait que dans toute décision on prenne
en compte la perspective à long terme. De plus, M. Jordan a également
constaté que le public était du même avis.
Après avoir été élu à la Chambre
des communes, M. Jordan a rencontré M. Bevan-Baker et l'auteur de
cette brochure pour voir de quelle façon on pourrait mettre la perspective
à long terme en pratique. M. Jordan s'est engagé à
présenter à la Chambre des communes un projet de loi d'initiative
parlementaire afin d'intégrer la perspective à long terme
dans les procédures générales de comptabilité;
M. Bevan-Baker et le Projet sur la durabilité ont accepté
de rechercher de la documentation pour préparer le projet de loi
et de concevoir une campagne de sensibilisation et d'éducation du
public afin de susciter la volonté politique nécessaire pour
que le projet de loi soit pris au sérieux. Un aperçu de la
campagne projetée se trouve dans le document joint « Le projet
de loi de la 7e génération ». (page 24)
Le Centre de recherches pour le développement international(CRDI)
d'Ottawa a accordé une petite subvention pour ce travail. C'est grâce
au CRDI que nous avons pu rédiger ce document qui n'est cependant
qu'une introduction. Nous le diffusons dans l'espoir d'avoir plus de détails
et d'obtenir de la collaboration. D'autres contributions permettraient de
poursuivre l'étude et d'organiser l'information sous forme de présentation
détaillée des options et des propositions, en vue de les tester.
- À quoi voulons-nous parvenir en tant que société?
- Comment savoir si nous nous approchons de notre but ou si nous nous
en éloignons?
Les objectifs que nous poursuivons sont les bases sur lesquelles se
construira notre avenir. Nos progrès se mesurent en observant les
changements de certains indicateurs particuliers. Pour atteindre l'avenir
que nous voulons, nous devons faire en sorte que nos objectifs soient bien
définis et que les indicateurs que nous utiliserons pour mesurer
nos progrès soient adaptés aux besoins.
Supposons que l'objectif fondamental des collectivités humaines soit
le « bien-être » de la présente génération
et des suivantes. Ce que l'on entend par « bien-être » devrait
être le sujet d'une redéfinition et d'une discussion permanentes
de la part du public. Nous devons toujours être prêts à
modifier notre direction et à raffiner la façon dont nous
mesurons le progrès.
Cette brochure essaie de démontrer que l'expansion économique
continuelle, telle que mesurée par le produit intérieur brut
(PIB), pourrait ne pas conduire à un bien-être durable. Elle
parle d'autres méthodes de mesure de notre succès qui, en
incluant des mesures non monétaires, pourraient nous donner une estimation
plus juste de notre situation.
Les domaines touchés au départ étaient :
L'environnement:
- pollution
- épuisement des ressources
- biodiversité
Les conditions sociales
- occasions insuffisantes de participer
- impossibilité de reconnaître les contributions non
monétaires au bien-être.
Volonté
politique
« Notre ignorance n'est jamais aussi grande que notre incapacité
à adapter ce que nous savons. »
M.K. Hubbert
Il existe des techniques de mesure qui ressemblent à des yeux
supplémentaires et qui nous donnent un aperçu différent
des mécanismes de gestion. Le maintien du bien-être exige que
nous étudiions de près les circonstances changeantes et que
nous réagissions aux problèmes qui se présentent. En
perfectionnant nos méthodes de calcul et en fondant nos politiques
sur un champ d'activités étendu par l'observation, nous pouvons
adapter les prix de façon à modifier notre développement
collectif, sans avoir à nous départir de nos habitudes qui
nous poussent à vouloir en avoir le plus possible pour notre argent.
Nous sommes des êtres très doués, dotés d'un
énorme potentiel pour apprendre à bien vivre sur la terre.
Il y a toutefois des modifications à apporter pour réaliser
ce potentiel. Il était peut-être acceptable de régler
nos actions sur l'activité économique au moment où
la présence de l'Homme sur la terre était minime. Le poids
d'un bébé est sans aucun doute une très bonne indication
de son état de santé général, mais il est très
peu utile quand il s'agit d'évaluer les progrès d'un jeune
adulte.
L'humanité est devenue une espèce très populeuse
dont les répercussions sont importantes. Sa présence sur la
terre menace maintenant de déséquilibrer l'écosystème
planétaire dont dépend notre survie tant physique qu'économique.
Pour compliquer encore davantage la situation, l'être humain perd
de plus en plus de capacités et les systèmes traditionnels
et officieux de cohésion communautaires se désagrègent.
Nous devons tenir compte de tous ces développements au moment où
nous rédigeons des politiques et prenons des décisions. Les
méthodes comptables permettant de réaliser les modifications
nécessaires ne sont pas nouvelles. Nous avons toutefois besoin d'une
volonté politique pour nous pousser à les légitimer
et à exiger qu'on y ait recours.
Comment peut-on évaluer l'amélioration ou la détérioration
de la
condition humaine?
Il y a deux précisions à apporter avant de répondre
à cette question:
1) Il faut préciser l'objectif.
2) Il faut définir les mesures qui permettront d'évaluer
notre rendement.
Si la société vise le bien-être des générations
actuelles et à venir, alors l'objectif est loin d'être atteint.
À l'heure actuelle, on considère que la croissance du
Produit intérieur brut (PIB) représente le bien-être.
On utilise de plus en plus cet indicateur depuis la Seconde Guerre mondiale.
Il s'est avéré efficace pour stimuler l'activité économique,
mais au fur et à mesure que le volume annuel des activités
s'accroît de façon importante, de nombreux effets secondaires
se font sentir.
- les répercussions qui s'accumulent au fil des ans entraînent
de grandes perturbations au chapitre de la pollution et de l'épuisement
des ressources naturelles.
- bon nombre de gens vivent des moments difficiles au moment où
le principe qui veut que la richesse engendre la richesse en arrive à
sa conclusion naturelle.
- on déprécie une grande partie du travail important,
parce que le PIB ne reconnaît pas sa valeur.
Si nous estimons que ces conséquences sont inacceptables, nous
devons les reconnaître et les incorporer au système des comptes
que nous utilisons pour mesurer le bien-être.
Dans la partie qui suit, on examinera certaines causes de ces problèmes
et le fait qu'on les néglige parce que les décideurs ne s'intéressent
qu'à la mesure du PIB. On traitera plus loin de certains points qui
suscitent des préoccupations.
Buts
et mesures
Les buts sont étroitement associés à la manière
dont on les mesure. Dans bien des jeux, le terme « but » est synonyme
de ligne, de poteaux ou de cible qui mesurent la victoire. Dans d'autres
sports, le but est défini par la mesure ultime de la meilleure rapidité,
distance ou hauteur.
Comme nous avons tendance à viser des buts en surveillant la
mesure de la réussite, il importe de faire en sorte que nos techniques
de mesure servent en fait à mesurer ce que nous désirons accomplir.
Des mesures erronées peuvent nous détourner de notre but.
Une boussole qui indiquerait le nord, alors qu'elle pointe vers le nord-ouest,
nous conduirait à gauche de notre but. Il faudrait peut-être
plus d'un voyage malencontreux, voire des mésaventures, avant que
nous soupçonnions la boussole d'être la coupable. Cependant,
une fois l'appareil de mesure défectueux remplacé par un appareil
précis, les déplacements deviendraient plus sûrs et
plus directs.
Le PIB est la combinaison totale de toutes les transactions financières.
Par cette mesure, nous atteignons, bon an mal an, un classement plus élevé
que jamais auparavant dans l'histoire, de sorte qu'il peut sembler que nous
obtenions d'excellents résultats. Cependant, avec le PIB, ce n'est
pas le succès remporté au cours de l'histoire qui témoigne
du bien-être, mais bien le degré selon lequel le nouveau bilan
dépasse l'ancien. Cette progression, soit le pourcentage de croissance
de l'activité économique totale par rapport à l'année
précédente, est la mesure du bien-être. Au cours des
décennies, cette croissance exponentielle des totaux annuels a atteint
des proportions renversantes.
Le respect envers la mesure du PIB s'est accru, en même temps
qu'une compréhension et une appréciation de la façon
presque magique dont les marchés accordent une place au processus
économique. Ce processus intègre la perception, la compétence
et l'ingéniosité de centaines de millions de personnes dans
un solide système d'entraide.
Dans leur ouvrage For the Common Good, Herman Daly et John Cobb font
remarquer ceci : « L'idée la plus importante que les économistes
doivent transmettre au sujet du marché, c'est que des décisions
indépendantes et décentralisées entraînent non
pas le chaos, mais un ordre spontané. »
Ce fonctionnement crucial du marché a contribué à
la croyance que, plus l'activité économique est forte (produit
intérieur), mieux nous nous portons. Selon la mesure du PIB, nous
sommes sur la bonne voie. Malheureusement, des ajouts de plus en plus importants
s'imposent chaque année, pour que nous puissions demeurer quelques
points de pourcentage au-dessus du bilan de l'année précédente.
L'augmentation du PIB semble désormais exiger des compressions dans
les services que la société a jugé utile d'appuyer
par le passé. L'éducation, la santé, la protection
de l'environnement, les pensions et tous les autres secteurs qui ne génèrent
pas directement des recettes financières sont considérés
comme des postes de dépenses irresponsables dans la poursuite du
bien-être représenté par le PIB. En même temps,
tous les bilans annuels mis ensemble ont un effet cumulatif sur le monde
naturel.
Certains estiment que la réduction des services et l'accroissement
des tensions sur le plan de l'environnement témoignent d'une diminution
de notre bien-être. Les préoccupations exprimées sont
suffisantes pour justifier qu'on procède à un examen sérieux
de nos buts et de la façon dont nous les mesurons. Dans la situation
actuelle, beaucoup de choses valent la peine d'être préservées,
mais on ne saurait négliger les problèmes. Notre mesure du
bien-être doit tenir compte de ces problèmes si nous voulons
éviter la catastrophe.
Les règles du jeu économiques restent équitables
dans la mesure où elles sont les mêmes pour tout le monde.
En incluant la question plus générale de la durabilité
de l,environnement et de la santé sociale dans les systèmes
de comptabilité p
ublique, nous pouvons rehausser les règles du jeu à un excellent
niveau pour les générations actuelles et futures.
Si l,examen de notre mesure du bien-être suscite de plus en plus
d,intérêt, c,est principalement en raison de l,émergence
de problèmes environnementaux.
Pendant des dizaines de milliers d,années, les communautés
humaines ont évolué en ayant des répercussions notables
uniquement sur d,infimes parties du monde qui les entourait. Nous avons
pensé que notre système économique évoluait
indépendamment de la nature. De nos jours, nos activités ont
des répercussions sur pratiquement tous les aspects de la vie sur
la Terre. Nous ne pouvons plus agir comme si nos activités sont isolées
de l,ensemble de la planète.
La pollution
et l,appauvrissement des ressources
L,activité économique est à l,origine de 3/5 des
considérations écologiques.
L,ensemble de l,activité économique humaine peut être
divisée en trois étapes fondamentales : la collecte de matières
premières, la transformation et la distribution.
1) La collecte de matières premières
Le repérage et la collecte de matières premières
comme le sol et des semences, des gisements métallifères et
des sources d,énergie, ou de l,information et des images.
2) La transformation des matières premières recueillies
L,ensemencement, la culture et la récolte; l,extraction
de métaux des minerais et leur transformation en articles utiles
ou l,organisation de l,information en un tout cohérent, utile et
divertissant.
3) La distribution du produit fini
L,acheminement du produit cultivé, des biens manufacturés,
du rapport, du film ou de ce qui a été produit aux gens et
aux endroits où ils pourront être utiles et appréciés.
Dans une économie bien développée, la matière
première à l,origine d,une activité économique
est souvent le produit d,une ou de plusieurs autres activités. Les
trois étapes susmentionnées constituent toutefois le fondement
de toute activité économique.
Dans le système économique de la nature, on observe les
trois mêmes étapes. Les plantes et les animaux recueillent
des matières nutritives, ils les transforment (digestion) sous des
formes utiles et les distribuent aux organes et aux membres qui s,en serviront
pour leur croissance et leur activité. Parfois, certaines créatures
recueillent même des matières qu,elles transforment en «
artefacts » destinés à une utilisation particulière,
par exemple des nids et des alvéoles.
Dans le système économique de la nature, les étapes
de la collecte des matières premières, de leur transformation
et de leur distribution sont associées à deux autres considérations
: la base de ressources naturelles et le gaspillage. Dans
le système économique des êtres humains, on a rarement
tenu compte de ces préoccupations. Dans les études écologiques,
les limites que ces aspects imposent sont toutefois souvent observées
et elles s,expliquent parfois par la « loi du minimum » et la
« loi de la tolérance ».
Selon la loi du minimum, les organismes en croissance continueront
de puiser, selon leurs besoins, dans les matières premières
disponibles jusqu,à ce que l,une d,elles s,épuise. La première
matière première épuisée constitue le facteur
limitant. La dégradation des sols, l,absence de diversité
génétique et l,épuisement des combustibles fossiles,
des ressources forestières, des stocks de poisson et d,autres ressources,
sont des exemples de problèmes qui se posent lorsqu,on ne tient pas
compte de cette « loi ».
La loi de la tolérance concerne la capacité des
différents organismes de tolérer des modifications dans leurs
conditions de vie. Les modifications des conditions climatiques ou de la
composition chimique de leur environnement peuvent mener à des situations
intolérables--et partant, limitantes--tout comme l,arrivée
d,un organisme concurrent ou d,un nouveau prédateur. Parmi les facteurs
qui influent sur les limites de tolérance il y a les changements
climatiques, l'amincissement de la couche d'ozone, la pollution du sol,
de l'eau et de l'air, la perte d'habitats naturels, les pesticides et les
ordures.
Si Dame Nature pouvait présenter des factures pour les ressources
extraites de son sol et les déchets rejetés, la comptabilité
économique conventionnelle pourrait garder les activités humaines
en équilibre avec le reste du monde naturel. Malheureusement, le
seul avis que la nature donne en cas de comptes en souffrances, c'est la
forclusion. Les espèces qui ont pour habitude de ne pas tenir compte
des limites écologiques finissent tout simplement par disparaître.
Pour éviter une fin aussi radicale, nous pouvons élargir nos
systèmes de comptabilité de sorte qu'ils tiennent compte des
ordures produites et des ressources utilisées. En imposant un système
de comptabilité tenant compte de façon cohérente de
ces limites, toutes les entreprises se retrouvent sur le même pied.
Celles qui pourraient trouver des moyens de produire leurs produits et leurs
services en polluant le moins et en prélevant le moins de ressources
bénéficieraient de l'avantage concurrentiel. Cela contribuerait
beaucoup plus au bien-être général que la situation
actuelle, où les entreprises qui se préoccupent le moins des
ordures et de la pollution sont souvent celles qui bénéficient
d'un avantage concurrentiel.
L'évaluation
des ordures
Nous produisons d'énormes quantités d'ordures. Pendant
des années nous nous sommes contentés de les enterrer comme
si cela les faisait disparaître. Cependant, les effets secondaires
de cette pratique ont rendu les sites d'enfouissement impopulaires parmi
la population qui vit à proximité. La circulation des camions,
les ordures échappées des sites et la contamination des nappes
phréatiques auxquelles s'ajoutent les nouveaux règlements
en matière de sécurité font qu'il est de plus en plus
difficile et de plus en plus coûteux de trouver de nouveaux sites.
À bien des endroits, les frais d'enfouissement dépassent 100
$ la tonne.
Ces frais ont beaucoup contribué à la diversification des
moyens d'élimination des ordures, mais même le recyclage et
le compostage ne se font pas sans frais. Puisqu'il faut payer 100 $ pour
éliminer une tonne d'ordure, cet argent peut servir à détourner
les ordures des sites d'enfouissement. Même à ce prix, la collectivité
y trouve son compte, car l'espérance de vie des sites d'enfouissement
peut être prolongée. Si les coûts de recyclage et de
compostage sont inférieurs à 100 $, il y a des économies.
La méthode du coût complet et la bonne gestion des produits
sont deux moyens de responsabiliser la gestion des ordures et des ressources
naturelles.
Selon la méthode du coût complet, des valeurs sont
attribuées aux ressources, à la pollution et aux problèmes
sociaux. Ces valeurs sont transformées en tarifs ou en taxes sur
les activités créant des problèmes. L'attribution d'un
prix à chaque problème est un langage que les entreprises
peuvent comprendre. Les recettes générées par les frais
et les taxes serviraient à corriger les problèmes et ces dépenses,
qui deviendraient dès lors concrètes, encourageraient les
entreprises à éviter dès le départ de causer
les problèmes.
Selon le système de bonne gestion des produits, le fabricant
est responsable de ses produits. Lorsque la vie utile d'un produit que le
consommateur a payé est terminée, le fabricant doit le reprendre
et s'occuper d'en disposer d'une manière acceptable. Une telle exigence
encourage les producteurs à envisager la réparation ou le
recyclage de leurs produits dès l'étape de la conception.
De cette façon, le problème des déchets peut être
minimisé avant même la fabrication du produit.
La biodiversité
La toile de la vie forme un réseau enchevêtré d'éléments
interdépendants. Chaque fois qu'une espèce disparaît,
la résistance de cette toile diminue. Si nous conservons nos modèles
de développement qui provoquent régulièrement l'extinction
ou la quasi-extinction d'autres espèces, nous menaçons progressivement
notre propre existence dans l'écosystème mondial. La perte
d'une espèce se traduit également par la perte d'un capital
génétique pouvant servir à lutter contre la maladie
chez les humains et chez les plantes alimentaires ou à mettre au
point de nouveaux aliments. À côté de ces dangers et
de ces pertes pour les êtres humains, il y a des raisons de croire
que les autres êtres vivants ont aussi droit à l'existence.
Chaque jour, l'expansion des activités humaines transforme des
parties de la planète. À mesure que nous prenons possession
de nouveaux territoires, d'autres espèces sont déplacées.
Lorsqu'elles n'ont plus nulle part où se réfugier, elles périssent.
S'accaparer la terre pour l'agriculture, raser les forêts pour faire
du bois de construction ou du papier et étaler les villes sont des
activités qui chassent les espèces autochtones.
Par ailleurs, en raison même de notre mode de vie, nous rejetons
de nombreux produits dans l'environnement. Certaines sont inoffensives.
D'autres transforment la nature du sol, de l'eau et de l'air d'une façon
qui les rend non habitables.
Compte tenu de notre expansion rapide et continue, le taux de disparition
d'espèces est alarmant. La Convention des Nations Unies sur la diversité
biologique est le résultat de ces préoccupations de la communauté
internationale. La Convention invite tous les pays à conserver la
biodiversité et à utiliser les ressources biologiques d'une
manière durable par la sensibilisation, la fiscalité et les
incitatifs. Il ne fait pas de doute qu'on peut ralentir le taux de perte
d'espèces à l'aide de ces mesures. Cependant, à moins
que les objectifs ne fixent des limites maximales à l'expansion de
la domination de l'homme, la bataille est perdue d'avance. Déjà,
l'homme utilise 40 p. 100 de tous les produits des activités de photosynthèse
d'origine terrestre et nous consommons tellement de produits de la mer que
toutes les pêches naturelles du globe sont en déclin. Alors
que certaines expansions économiques peuvent avoir lieu sans accroître
notre impact planétaire, il y a actuellement peu d'exceptions à
la règle. L'expansion perpétuelle aura inévitablement
pour effet de détruire d'autres formes de vie et de menacer notre
bien-être à long terme.
Pour éviter la dépréciation de la condition humaine,
nous prenons conscience que le système économique doit respecter
les écosystèmes et rendre compte de ses effets. En outre,
nous nous menaçons nous-mêmes lorsque le système économique
ne reconnaît pas ses effets sur les systèmes sociaux.
Manque de possibilités
pour la participation
L'humanité a survécu grâce à sa capacité
de coopérer. Nous ne sommes pas particulièrement rapides ou
forts, nos dents sont courtes, et nos ongles ne sont pas acérés,
mais nous savons travailler ensemble, ce qui a assuré notre survie.
Pendant des centaines de milliers d'années, les groupements dont
les membres s'épaulaient les uns les autres ont prospéré.
Cette expérience est inscrite dans nos codes génétiques,
comme en fait foi le simple test suivant : faites donc quelque chose pour
quelqu'un sans rien attendre en retour et demandez-vous ce que ce geste
vous inspire à propos de vous-même et, par conséquent,
du monde entier.
S'ils n'ont pas la possibilité de contribuer à la société,
les gens sont à risque. Le fait de ne pas se sentir utile ou voulu
est assez troublant. Le fait de ne pas pouvoir satisfaire ses besoins élémentaires
que sont la nourriture, le vêtement et le logement peut être
mortel.
Peu de gens en meurent s'ils ne peuvent apporter leur contribution ou
s'ils n'ont pas d'argent pour acheter les nécessités de la
vie. Le stress économique entraîne des tensions à la
maison ainsi que la tentation d'enfreindre les lois. La violence familiale,
les foyers brisés, l'aliénation et le désespoir présentent
des difficultés immédiates aussi bien que des réactions
à retardement. Les coûts de la délinquance, de la consommation
abusive de drogues, de la maladie, du crime, des mesures judiciaires et
correctionnelles doivent être payés au bout du compte.
Il serait bien moins coûteux de reconnaître que les gens
ont besoin d'avoir l'occasion de participer afin de conserver leur dignité
en subvenant à leurs besoins. Les mesures et les politiques qui diminuent
les possibilités de participation de chacun doivent être reconnues
pour les coûts qu'elles entraînent. Il a peut-être été
efficace de faire faire le travail de deux personnes par une machine afin
de les libérer pour faire autre chose qui devait être fait,
mais quand une nouvelle machine laisse des gens sans rien faire, nous devenons
bien moins efficaces.
Notre mesure du bien-être ne nous amènera vers des temps
meilleurs que si elle reflète les coûts du chômage. C'est
un signe de dysfonctionnement quand les observateurs célèbrent
les gains de la Bourse qui résultent de la hausse du chômage.
En ne tenant pas compte des effets sur les sans-emploi, le marché
dit que lorsque le chômage est en hausse, les gens sont prêts
à travailler pour moins, les entreprises font plus de profits et
le marché boursier s'apprécie. Commettre l'erreur de considérer
la tragédie du chômage comme une bonne nouvelle est le meilleur
moyen de s'attirer des ennuis.
Dans une publication du Forum national sur la santé de Santé
Canada intitulée, La santé et ses déterminants, le
Dr William Avison écrit que le chômage a eu un effet pernicieux
et envahissant sur la santé. L'examen que l'on fait dans cette publication
de la documentation connexe confirme que la perte d'emplois est un facteur
important des troubles de santé mentale et physique et que les conjoints
de chômeurs connaissent des problèmes émotifs plus graves...
Les enfants, les adolescents surtout, dont les parents sont sans emploi
semblent courir davantage le risque d'avoir des troubles émotifs
et psychologiques. De plus, d'autres rapports laissent entendre que le «
rétablissement après le retour au travail n'est ni immédiat
ni complet ».
D'autres études établissent un lien entre le chômage
et la violence familiale et d'autres crimes.
Selon une étude menée par le comité économique
mixte du Congrès américain en 1976, une augmentation de 1
point de pourcentage du taux de chômage, disons de 5 p. 100 à
6 p. 100, mène, en moyenne,
à 495 décès causés par une cirrhose
du foie,
à 648 homicides,
à 920 suicides,
à 3 349 peines d'emprisonnement dans des prisons d'État,
à 4 227 séjours dans des hôpitaux psychiatriques et
à 20 240 décès causés par une crise cardiaque
ou un accident cérébrovasculaire.
Ces statistiques sont loin d'illustrer un sentiment de bien-être.
Si nous voulons éviter de nous détruire, nous devons pouvoir
distinguer le bien du mal. Une croissance économique qui entraîne
de telles souffrances n'est pas bonne.
Le gaspillage des ressources humaines coûte cher, tout comme l'élimination
des déchets. Si nous ouvrons les yeux et reconnaissons l'existence
de ces problèmes, nous trouverons des ressources considérables
pour régler les problèmes avant qu'ils ne causent des dommages.
Le partage du travail et l'accroissement
des aspects créatifs du travail pourraient tous deux contribuer à
améliorer les perspectives d'emploi.
Partage du travail
Au début, la mécanisation était une découverte
merveilleuse. En exploitant l'énergie de l'eau, du vent et par la
suite des combustibles fossiles pour faire fonctionner des outils et effectuer
des tâches répétitives, nous avons fait gonfler le volume
de biens disponibles. Il y avait donc des chaussures, des vêtements,
des ustensiles de cuisine et des outils de meilleure qualité et en
plus grand nombre pour tout le monde.
L'idée faisant son chemin, les innovations se multipliaient.
Ce ne fut qu'une question de temps avant que les pays industrialisés
se mettent à produire plus que ce dont les consommateurs avaient
besoin. Au début des années 1900, les besoins des consommateurs
étaient déjà satisfaits. Dans le but de répartir
le travail disponible, la semaine de travail a été réduite,
passant de 70 à 60 à 50 puis à 40 heures.
Vers la fin des années 1920, même si la semaine de travail
avait été
ramenée à 40 heures, le chômage redevenait un problème
en raison de la écanisation accrue. Les syndicats ont proposé
que la semaine de travail soit réduite encore davantage et passe
à 30 heures. Les mêmes arguments concernant le partage du travail
disponible ont été avancés, mais un nouvel élément
est entré dans le débat, soit les loisirs que procurait la
réduction des heures de travail. Les loisirs en soi étaient
fort utiles aux travailleurs; ils pouvaient rénover leur maison,
jouer avec leurs enfants, pique-niquer aux abords d'une rivière et
développer certaines qualités personnelles qu'ils n'auraient
jamais exploitées s'ils avaient dû consacrer toute leur énergie
à leur gagne-pain. Cette résolution a soulevé un tollé
de protestation de la part des gestionnaires des industries et des leaders
de l'opinion publique qui ont lancé une campagne publicitaire pour
dénigrer la tendance vers la réduction des heures de travail.
Il a été décidé d'aborder le problèmede
la saturation des besoins des consommateurs en créant le besoin et
en encourageant le gaspillage. Au lieu de la sécurité matérielle
et de loisirs, nous avons eu droit à la publicité et à
l'obsolescence.
Peu après la Seconde Guerre mondiale, Victor Lebow, analyste
du commerce du détail, a écrit dans le Retailing Journal :
« Notre économie remarquablement productive... veut que nous
fassions de la consommationnotre mode de vie, que nous transformions l'achat
et l'utilisation de biens et de services en rituels, que nous fondions notre
spiritualité et notre égocentricité sur la consommation...
Il nous faut consommer, user, remplacer et rejeter à un rythme toujours
croissant. »
Après cinquante ans de consommation effrénée, nous
avons découvert les limites de notre environnement. Nous avons mis
en péril nos vies et la vie autour de nous en consommant et en gaspillant.
L'automation entraîne à son tour du chômage. La croissance
de la consommation ne fournira pas de solutions efficaces.
Si nous reconnaissons le besoin fondamental chez l'être humain
de contribuer à la société en accomplissant un travail
quelconque, il nous faut reconnaître la responsabilité de ne
pas accaparer plus que notre juste part du travail. Les comptes nationaux
doivent contenir des mesures du volume d'activités productives disponibles
et de la façon dont elles sont réparties. Anders Hayden, dans
32 Hours for Full Employment, signale que la France a présenté
un projet de loi visant à instituer la semaine de travail de 35 heures
à compter du 1er janvier 2000 et à offrir des incitatifs financiers
importants pour les entreprises qui parviennent à réduire
la semaine de travail à 35 ou 32 heures. L'Italie prévoit
établir la semaine normale de travail de 35 heures d'ici 2001. Quant
aux Pays-Bas, bien qu'ils n'aient pas légiféré pour
réduire la durée de la semaine de travail, ils ont réussi
à obtenir depuis le début des années 80 un engagement
de la part des entreprises, des syndicats et du gouvernement à négocier
des réductions graduelles des heures de travail. On a réussi
à y réduire la semaine de travail à 38 heures dans
tous les secteurs, 15 p. 100 des travailleurs à temps plein y bénéficient
d'une semaine de 36 heures et certaines entreprises ont réduit leur
semaine de travail à 34 heures. La moyenne annuelle des heures de
travail par travailleur y est maintenant la plus basse du monde industrialisé,
et le taux de chômage y est passé d'environ 13 p. 100 dans
les années 80 à moins de 5 p. 100 aujourd'hui.
Prendre
le temps de faire du bon travail et de prendre
plaisir au travail que nous effectuons
Déjà en 1972, E.F. Schumacher écrivait dans son
ouvrage classique Small is Beautiful que nous devrions tendre à réduire
l'efficience avec laquelle nous produisons des biens. Après avoir
démontré que la société consacrait en réalité
moins de 4 p. 100 du temps collectif à du travail matériellement
productif, Schumacher soutient que si nous multipliions ce temps par six,
« il y aurait suffisamment de temps pour faire du vrai bon travail,
prendre plaisir à ce qu'on fait, produire des choses véritablement
de qualité, et même produire de belles choses. [...] Personne
ne voudrait hausser l'âge de fin de scolarité ou abaisser celui
du départ à la retraite afin de garder les gens hors du marché
du travail. Tout le monde aurait accès à ce qui est maintenant
le privilège le plus rare, soit la possibilité de travailler
utilement, de façon créatrice, avec ses propres mains ou son
cerveau dans le temps de son choix, à son propre rythme -- et avec
d'excellents outils. »
L'invitation de Schumacher à réduire l'efficience de production
est d'autant plus urgente aujourd'hui que le processus d'automatisation
s'installe à une vitesse accélérée.
Une taxe sur l'efficience en matière d'emploi constituerait une
autre façon de s'attaquer au problème. Les entreprises produisant
X p. 100 de biens et de services tout en employant moins de X p. 100 de
la population active pour ce faire seraient obligées de compenser
pour la différence. Le montant de la taxe devrait être suffisant
pour pourvoir aux besoins d'autant de personnes que l'entreprise en licencie.
Du crédit serait accordé pour investir dans des moyens permettant
d'augmenter les possibilités d'emploi durable.
Le défaut
de prendre en compte les contributions non monétaires au bien-être
Une bonne partie de ce qui fait la prospérité des collectivités
esteffectué gratuitement par les gens les uns pour les autres. C'est
ce qu'on appelle parfois l'économie informelle. Élever sa
famille, s'occuper des personnes âgées, effectuer du travail
communautaire bénévole et une bonne partie de l'art et de
la culture qui mettent de la qualité dans la vie de tous les jours,
tout cela ne met pas d'argent à contribution. L'argent cependant
est la seule mesure de bien-être que reconnaisse la science économique
conventionnelle. En ne reconnaissant pas les activités énumérées
ci-dessus, nous les invalidons, et cela mène à des conséquences
négatives.
Beaucoup de gens parlent de méfiance à l'égard
de l'autorité, mais en pratique, presque tout le monde porte un profond
respect à la légitimité qu'elle confère. À
mesure que grandissait la prédominance de l'économie de marché,
sa mesure du bien-être a acquis une légitimité accrue.
Comme les activités bénévoles n'entrent pas dans le
calcul du PIB, leur valeur est mise en doute. Les gens choisissent de plus
en plus les activités rémunérées par rapport
aux activités bénévoles, ce qui se répercute
de façon négative sur le bien-être des familles et des
collectivités.
Le prix des choses n'a pas toujours été la seule mesure
de leur valeur, mais, au fil des siècles, cette moralité unidimensionnelle
a grandi hors de proportion et submerge maintenant toutes les autres valeurs.
(Voir L'évolution des valeurs du marché.) Il en résulte
que la qualité de nos vies s'en trouve réduite.
Réévaluer
l'économie informelle
Sally Learner, de l'Université de Waterloo, a fait observer ceci
: « S'il doit y avoir à l'avenir moins d'emplois durables, à
temps plein, convenablement rémunérés, la justice prescrit
que nous ne continuons pas à pénaliser et à stigmatiser
les gens qui ne peuvent pas trouver de ces emplois. Nous devons examiner
d'autres mécanismes pour attribuer le travail et distribuer le revenu.
» Mahatma Gandhi disait : « Occupez-vous d'abord des plus humbles
d'entre vous. »
L'idée d'un revenu annuel garanti existe depuis assez longtemps.
Un tel programme assurerait un niveau minimum de soutien à tous les
membres de la société. Selon certaines études, si on
calcule toutes les dépenses au titre de l'aide sociale, des soins
de santé, des services de police, des tribunaux et des services correctionnels,
il serait considérablement moins coûteux de voir à ce
que personne ne se rende jamais jusqu'au désespoir. Le revenu garanti
ferait de la subsistance un droit et éliminerait le coût et
la dégradation d'un système d'aide sociale qui essaie de décourager
les gens d'y faire appel.
Witnesses for a Sustainable Economy (WISE) est une organisation qui
cherche à dissocier le travail et le revenu. Elle voudrait que nous
passions du travail fondé sur la peur au travail fondé sur
le souci du bien-être.
Dans le système actuel, on a soit un emploi rémunérateur,
soit une existence marginalisée. Cela crée une culture de
la peur : peur de perdre son emploi; peur d'exécuter des tâches
si bien qu'elles n'auront plus besoin d'être exécutées;
peur d'être incapable de travailler pour cause de maladie, d'accident
ou de vieillesse. La peur est une motivation efficace, mais comme principal
stimulus dans notre société de production, elle est inutile
et souvent nuisible. Non seulement il y a les conséquences dangereuses
du chômage qui créent la peur, mais ceuxqui ont du travail
sont aussi touchés. Souvent, ils travaillent plus qu'ils ne le devraient,
simplement par mesure de prévention. Les innovations techniques se
font petit à petit, faisant en sorte que les versions antérieures
d'un produit deviennent désuètes. On ne cherche pas simplement
à offrir le meilleur service possible. La durabilité et les
réparations faciles sont évitées. Et on conçoit
d'innombrables stratagèmes allant de la supercherie au crime pur
et simple par crainte de ne pas pouvoir payer ses comptes.
Par contre, si le coût de la vie était un droit acquis
à la naissance, nous pourrions tous relaxer un peu. Sans la crainte
pour nous motiver, le désir d'être utile et de sentir qu'on
a besoin de nous commencerait à se manifester. Les gens pourraient
offrir leur travail comme cadeau. Ils pourraient développer leurs
talents uniques, suivre leurs inspirations et répondre aux besoins
de la collectivité qui les entoure.
Les principales objections à un tel arrangement sont liées
à la motivation. Beaucoup de gens sont tellement habitués
de vivre dans la crainte et sous la contrainte qu'ils ne peuvent pas imaginer
qu'on puisse travailler autrement. Qui ramasserait les ordures ou qui travaillerait
dans les mines? S'il n'y avait personne pour faire un travail particulier,
on se rendrait vite compte si ce travail est nécessaire ou non. S'il
est nécessaire, le prestige et les autres formes de rétribution*
associés à l'exécution de ce travail augmenteraient
jusqu'à ce quelqu'un décide de remplir ce rôle. Au lieu
de forcer les personnes défavorisées à faire un certain
travail, il nous faudrait reconnaître l'importance de ce travail et
prévoir une forme de rétribution proportionnelle à
son importance, ou trouver des façons moins désagréables
de faire ce qui doit être fait.
Dans un contexte plus large, un revenu garanti pourrait régler
un des problèmes les plus complexes sur la planète. Peu importe
le degré d'efficience que nous atteignons, nous ne nous libérerons
jamais des dangers écologiques tant que notre population continuera
de s'accroître. Dans chaque cas où la population s'est stabilisée,
la sécurité de la vieillesse a joué un rôle de
premier plan. Les gens qui ne craignent pas l'indigence n'ont plus besoin
de se sécuriser en ayant beaucoup d'enfants.
* Même si
cela ne fait pas partie de la vision de WISE, le travail rétribué
en argent pourrait encore faire partie du système.
Indicateur
de progrès véritable
Lorsque nous devons augmenter les dépenses au titre de l'équipement
de sécurité, des avocats spécialisés dans le
divorce et du nettoyage des déversements de substances toxiques,
il y a lieu de s'inquiéter. Pourtant, le système actuel additionne
toutes les dépenses pour mesurer le PIB. Le fait de devoir nous défendre
contre le crime, la rupture des mariages et la pollution environnementale
est un signe de difficulté et non de bien-être. Les dépenses
de ce genre doivent être soustraites de notre mesure du bien-être
si nous voulons avoir une idée exacte de notre situation.
L'exemple classique de la différence entre les bonnes et les
mauvaises dépenses est le déversement de pétrole de
l'Exxon Valdez sur la côte de l'Alaska. Deux milliards de dollars
ont été dépensés pour le nettoyage et pour essayer
de réduire au minumum les conséquences environnementales.
L'argent a été dépensé en Alaska et a circulé
dans l'économie de cet État, entraînant une augmentation
importante de son PIB. On aurait tort, toutefois, de recommander qu'un pétrolier
aille s'échouer au large de chaque région qui connaît
des problèmes économiques. Nous devons reconnaître,
par exemple, que les sommesinvesties dans les prisons engendrent un bien-être
moindre que les sommes investies dans l'éducation.
Quand on essaie d'introduire des valeurs autres que des prix chiffrés
dans nos systèmes comptables, il peut être difficile de produire
des données avec lesquelles travailler. Certaines choses, comme le
coût des ordures, peuvent être comptabilisées à
partir de tous les frais connexes. C'est plus compliqué dans le cas
du chômage. On peut le chiffrer en évaluant le coût des
problèmes de santé additionnels, de l'augmentation de la criminalité
et autres effets connexes, mais comment mettre un prix sur les troubles
affectifs et les retards de développement d'un enfant causés
par le chômage d'un parent et les difficultés familiales qui
s'ensuivent? Certaines choses, comme le paysage environnant, l'amitié
et un sens d'appartenance ne peuvent pas et ne doivent pas être réduites
à de simples chiffres et pourtant elles ont une grande valeur et
doivent entrer en ligne de compte dans notre évaluation du bien-être.
À l'intention de ceux qui ont du mal à discerner leur
devoir moral, on essaie d'assigner une valeur monétaire à
des choses qui n'en avaient jamais eu. Une valeur approximative donne une
idée plus exacte de la réalité que le fait de n'accorder
aucune valeur aux choses qui n'ont pas de prix.
L'indicateur de progrès réel (IPR) est un instrument de
mesure mis au
point par un organisme qui s'appelle Redéfinir le progrès.
L'IPR tient compte du travail non rémunéré, ajoute
les dépenses constructives et soustrait les dépenses destructives.
Les facteurs qui entrent dans le calcul de l'IPR sont les suivants : la
criminalité et la désintégration des familles, le travail
ménager et bénévole, la redistribution du revenu, l'épuisement
des ressources, la pollution, les dégâts environnementaux à
long terme, la variation du temps consacré aux loisirs, les dépenses
de défense, la durée de vie des biens de consommation durables
et des infrastructures publiques ainsi que la dépendance à
l'égard des investissements étrangers.
D'après l'IPR, depuis 1970, notre qualité de vie se détériore
à un rythme accéléré. Cette constatation suggère
que nous ne tirons pas le meilleur parti possible des connaissances et des
compétences à notre disposition et que nous devons revoir
nos pratiques de gestion.
L'évolution
des valeurs marchandes
En 1776, Adam Smith publiait La richesse des nations. C'était
la première explication claire de la pensée capitaliste. C'est
la base de l'économie de marché. Les valeurs marchandes existaient
avant Smith, mais elles étaient modérées par les valeurs
traditionnelles. Smith lui-même fut connu de son vivant pour son traité
de philosophie morale intitulé Théorie des sentiments moraux.
Ce sont ses observations pointues du comportement humain qui lui ont permis
de déterminer comment fonctionnaient les marchés et comment
s'établissaient les prix.
En décrivant avec précision les mécanismes du marché,
Smith nous a
donné les moyens d'intervenir.
L'un des éléments clé de sa théorie est
de savoir comment l'intérêt personnel, exercé dans le
cadre du marché, peut profiter à la société.
Smith prétend qu'une personne qui s'intéresse uniquement à
ses gains personnels peut faire plus pour la société que si
elle essayait intentionnellement de faire le bien « comme si elle était
guidée par une main invisible ». Il y a là une vérité
fondamentale. Il y a deux cents ans, on ne pouvait guère s'enrichir
personnellement sans en faire profiter la collectivité car on produisait
plus de biens et de services. Ce procédé s'est révélé
extrêmement puissant. Non seulement les gens étaient-ils satisfaits
de pouvoir s'offrir des biens et des services supplémentaires, mais
ceux que ce commerce enrichissait étaient très heureux et
s'employaient à promouvoir plus avant l'intérêt personnel
et les valeurs mercantiles. L'égoïsme, qui était un comportement
toléré, devint la fondation de la pensée et de la planification
économiques. L'appât du gain et l'envie sont maintenant des
comportements richement récompensés du fait qu'ils stimulent
la croissance économique. Plus les gens en veulent, plus ils en feront
pour gagner de l'argent et faire tourner l'économie.
À l'époque de Smith, la population était accoutumée
au mélange traditionnel de valeurs, qui mettait de l'ordre dans la
société. L'intérêt personnel était tempéré
par d'autres valeurs. Au fur et à mesure que les valeurs marchandes
furent adoptées par un nombre grandissant de personnes, les valeurs
traditionnelles s'estompèrent. Chaque génération est
un plus accoutumée à la notion de prix et un peu moins à
celle de l'équité et de la compassion que la génération
précédente. Deux siècles après Smith, la suprématie
de l'économie de marché a donné naissance à
un « nouvel ordre mondial ». Les valeurs traditionnelles ont presque
entièrement disparu de la vie publique et la majorité des
décisions sont basées sur rien d'autre que le rendement et
les coûts monétaires. Cette évaluation unilatérale
faite par les entreprises et les gouvernements, avec l'aide des médias,
influence ce qui est important pour les gens. Il n'est pas rare de nos jours
que des parents qui doivent prendre soin de leurs enfants se demandent si
cela en vaut la peine. Si l'on peut payer une somme X pour la garde des
enfants et gagner une somme 3X à travailler, la logique du marché
nous amène à conclure qu'il est préférable de
les faire garder par d'autres.
Outre la perte de qualité de vie qu'entraîne le matérialisme,
la main invisible du marché est venue changer la donne. Pour tirer
personnellement parti du marché, il n'est plus nécessaire
de fournir des choses dont les gens ont besoin. Grâce à la
publicité à grande échelle, certains accumulent des
fortunes en créant une demande pour des choses dont la population
n'aurait jamais cru avoir besoin. La spéculation permet aussi de
faire d'énormes profits en n'offrant que très peu ou même
rien en échange. Dans le langage économique, la main invisible
maximise son avantage concurrentiel en capitalisant sur le fait qu'elle
est invisible, ce qui facilite le vol à la tire. Le génie
de l'intérêt personnel s'est libéré des confins
de l'ordre social traditionnel. Nous sommes confrontés à la
nécessité de rétablir l'équilibre entre ce phénomène
et d'autres aspects de la nature humaine.
Pour redonner de la valeur au travail bénévole, les travailleurs
doivent sentir que leurs efforts sont appréciés. Autrefois,
ceux qui élevaient des enfants, faisaient du spectacle ou contribuaient
d'une manière ou d'une autre au bien-être de leur collectivité
étaient logés et nourris par les autres membres de la famille,
de la tribu ou du clan qui produisaient les biens nécessaires. De
nos jours, la plupart des biens sont produits grâce à un processus
industriel. Rares sont ceux qui connaissent les producteurs des biens essentiels
à la survie. Ce qu'il faut pour ramener les activités volontaires,
c'est la reconnaissance de la valeur d'échange de notre époque,
l'argent.
Conclusion
Les êtres humains sont extrêmement doués. Nous avons
la capacité de vivre une vie longue et à l'abri des dangers
sur notre planète, tant et aussi longtemps que le soleil brillera.
Malheureusement, si nous ne modifions pas l'orientation actuelle de la société,
nous allons nous trouver dans la situation écologique classique caractérisée
par un dépassement des capacités et l'effondrement. Quand
une espèce n'a rien qui limite son expansion, le nombre de ses individus
augmente jusqu'à ce qu'elle ait consommé toutes les ressources
dont elle dépend, et la population diminue tout d'un coup.
Pendant des siècles, les êtres humains ont évité
ce danger grâce à des innovations techniques qui ont permis
d'étendre les services qu'ils tirent de l'environnement. Certains
diront qu'on peut continuer sans cesse à innover pour se tirer du
pétrin; d'autres croient qu'on approche de la limite absolue. Le
fin mot de l'histoire va de soi. Personne, sauf ceux qui sont totalement
aveuglés par leurs intérêts personnels, ne défendrait
l'idée de nous multiplier et d'exploiter de plus en plus nos ressources
jusqu'à ce que nous ayons atteint la limite absolue.
Nous exploitons à l'extrême les ressources de la Terre
pour assurer notre confort. Nous accroissons notre dépendance à
l'égard de réserves de combustibles, de fertilisants et d'autres
ressources limitées. Il est absurde de croire qu'une expansion encore
plus grande permettrait d'éviter les problèmes dus à
cette dépendance. Beaucoup d'individus et d'institutions voient venir
les problèmes et sonnent l'alarme mais, en tant que civilisation,
nous ne regardons qu'avec les yeux du produit intérieur brut et nous
ne voyons pas les dangers. Nous devons élargir notre vision quand
nous évaluons nos progrès, sans quoi la civilisation pourrait
disparaître dans un délai si court qu'un enfant né aujourd'hui
en serait témoin.
Le très populaire film Titanic nous fournit des analogies frappantes
avec le drame de notre époque. Dans une certaine scène, le
capitaine vient d'apprendre qu'il y a des icebergs dans le secteur. Le propriétaire
du navire intervient en faisant valoir que tous les journaux le signaleraient
à la une si le navire arrivait à New York une journée
plus tôt que prévu. Il encourage alors le capitaine à
activer les deux dernières chaudières pour augmenter la vitesse
de croisière. Le capitaine ordonne de naviguer à pleine vapeur.
Quelque temps plus tard, après une tentative infructueuse de
faire ralentir le navire pour éviter un iceberg, le propriétaire,
le capitaine, le constructeur du navire et d'autres sont en train d'évaluer
les dommages. Les données confirment que cinq chambres d'étanchéité
prennent l'eau. L'ingénieur qui a conçu le navire explique
qu'avec quatre chambres inondées, le navire peut rester à
flot, mais pas avec cinq, car alors le poids va entraîner la proue
vers le fond, permettant ainsi à l'eau de monter plus haut que la
cloison d'étanchéité de la sixième chambre,
ce mouvement en chaîne se propageant vers la septième chambre,
puis la huitième... L'ingénieur conclut : « Le navire
est en acier... Il va couler. »
Le grand navire de la civilisation avance à toute vapeur sur
la mer du temps. Nous nous heurtons à des obstacles comme l'épuisement
des stocks de poisson et des réserves de combustible, la déstabilisation
de l'atmosphère, la contamination des sols, de l'eau et de l'air,
la moindre fertilité des sols, la perte d'espèces, la croissance
du chômage et la désintégration culturelle. Notre navire
prend déjà l'eau. Et pourtant, les propriétaires d'entreprise
nous encouragent à croître plus vite; il suffit de garder le
cap et d'accroître la vitesse pour prospérer comme jamais une
autre civilisation ne l'a fait. Presque tous les gouvernements du monde
ont déjà été à la barre et nous avançons
toujours plus vite, les yeux fixés sur le seul indicateur de vitesse
qu'est le produit intérieur brut. Nous n'en sommes pas encore au
point que notre sort est réglé, mais nous ne sommes pas non
plus à l'abri des lois de la nature.
Le présent document signale des sujets de préoccupation
et effleure quelques solutions possibles. Il ne s'agit pas d'une étude
exhaustive; le financement initial a seulement permis de recueillir des
données et d'en faire un sommaire partiel. Nous espérons néanmoins
qu'il est suffisamment clair pour susciter des contributions additionnelles
vers un développement continu.
Toutes les ressources que nous recevrons serviront à étendre
la recherche documentaire, à consolider l'information et à
l'organiser en un train de mesures législatives. Le défi consistera
alors à recueillir l'appui populaire nécessaire pour donner
à nos décideurs le courage de s'engager à recourir
à davantage de mesures globales de bien-être. Si nous allons
vers l'avenir en faisant attention à tous les facteurs qui touchent
au bien-être, nous relèverons certes les défis qui se
posent à nous et nous voguerons sur les eaux du temps pendant au
moins sept autres générations.
Proposition de campagne
Joe Jordan, le député de Leeds-Grenville, dans l'est de
l'Ontario, est devenu député dans l'espoir de faire progresser
la responsabilité environnementale. « La mesure du bien-être
» est un pas dans cette direction. Ce document découle de son
approbation de la campagne proposée ici.
Dans certaines cultures indigènes et anciennes, la tradition
veut que l'on tienne compte des intérêts des sept générations
à venir dans la prise de toute décision. Ce serait un signe
de maturité de la part de notre société moderne que
de faire la même chose.
Le présent document expose une stratégie pour la présentation
d'un projet de loi à la Chambre des communes du Canada. Il vise à
fournir une icône unificatrice pour toutes les personnes qui comprennent
que l'objectif premier de la société ne doit plus être
l'expansion économique perpétuelle, mais bien la durabilité.
Nous cherchons des appuis dans tout le Canada et dans le monde entier
pour nous assurer de tirer le plus possible de la situation. La collaboration
internationale est nécessaire. Comme la plupart des pays, sinon tous,
ont les mêmes problèmes que le Canada, nous voulons que des
citoyens d'autres pays travaillent à des initiatives similaires.
Si tous les décideurs du monde tenaient compte de la 7e génération,
les règles du jeu pourraient être relevées de telle
sorte que nous évitions tous la spirale à la baisse créée
par la mondialisation et une forme économique obsolète.
Le navire de l'État se caractérise par une énorme
inertie. Il vogue dans la direction dans laquelle il a toujours vogué
depuis avant qu'on ait seulement imaginé les limites de la planète.
Les temps ont changé. Des limites écologiques et culturelles
se présentent sur bien des fronts. Des problèmes catastrophiques
nous attendent si nous ne changeons pas de cap. Ils ont été
examinés et confirmés par des cerveaux parmi les meilleurs
de la planète. Ils sont reconnus par presque tout le monde, sauf
les personnes qui sont aveuglées par le déni de la réalité
qui accompagne naturellement les importants intérêts acquis.
Une somme tellement énorme est investie dans l'actuel ordre des
choses qu'il est difficile de changer de cap. Les personnes qui voient qu'un
changement s'impose doivent sonner l'alarme. Le seul pouvoir que nous ayons
en tant que citoyens et qui ne nécessite ni grande richesse ni le
recours à la violence, c'est le pouvoir de la persuasion collective.
Ce pouvoir s'exerce sur les niveaux subtils de la pensée et de la
conversation, et directement par la démocratie. Le « projet
de loi de la 7e génération » peut servir de catalyseur
pour centrer ce pouvoir sur tous les niveaux.
Le « projet de loi de la 7e génération » pourrait
tout aussi bien être baptisé « projet de loi de navigation
» ou « projet de loi d'orientation ». Il propose de changer
de direction ou de cap en axant les structures de la société
sur la durabilité. Pour atteindre cet objectif, nous devons tirer
parti du désir de l'être humain de vivre toujours heureux.
Cette immense force motrice agira, si ceux qui travaillent actuellement
en vue du bien-être appuient le projet de loi de la 7e génération.
Si nous mettons à profit cette volonté populaire, nous pourrons
même rejoindre les plus nantis et leur ouvrir les yeux sur les difficultés
auxquelles nous sommes confrontés. Pour le bien de tous, nous devons
changer de cap avant que l'État ne s'échoue sur les récifs
de la pollution, de l'épuisement des ressources et du chaos social.
Yogi Berra a dit : « Quand on ignore où l'on va...
on risque fort de ne pas y parvenir. »
Ce projet de loi a pour objet de perfectionner la manière
dont nous mesurons l'évolution sociale. Les objectifs, que nous poursuivons
en mesurant notre progrès, doivent être importants pour tous
les membres de la société. Il ne suffit pas d'accroître
les opérations monétaires, telles que mesurées par
le PIB. Il peut être trompeur de supposer que la situation s'améliore
simplement parce que les dépenses augmentent. Si l'activité
monétaire est plus grande parce qu'on remplace des pacotilles, qu'on
élimine des déchets toxiques ou qu'on bâtit des prisons,
c'est que la situation se détériore.
La croissance pour la croissance, c'est bon pour les enfants. Ces derniers
doivent grandir jusqu'à un certain point pour devenir autonomes.
On sourit quand un enfant dit que, lorsqu'il sera grand, il continuera de
grandir. On serait horrifié si, arrivé à maturité
physiquement, il se mettait à prendre des drogues et des hormones
pour atteindre son objectif. Il faudrait y penser à deux fois avant
de prendre des mesures extrêmes pour perpétuer l'expansion
économique. Au mieux, nous ferions un détour pour arriver
au bien-être.
Selon ce projet de loi, le but de la société est de maintenir
et, si possible, d'améliorer le bien-être de tous les membres
des générations actuelles et futures. Ce bien-être exige
l'accès à des aliments nutritifs, à un logement confortable,
à des vêtements, à l'éducation et à la
possibilité de travailler au sein des systèmes économiques
qui assurent tout cela. Pour garantir le bien-être, il faut aussi
des collectivités qui apportent un soutien et un sentiment d'admiration
et d'appréciation. Notre but devrait être de voir à
ce que tout cela existe, sans diminuer la capacité de la nature d'alimenter
le processus.
Pour mesurer le progrès réalisé dans la poursuite
de cet objectif, on aurait recours à une capitalisation du coût
entier, une bonne gestion des produits et un système de suivi des
choses que la population juge importantes.
Il est possible de perfectionner la stratégie qui se dessine.
Les premières étapes vers la mise en oeuvre supposeraient
ce qui suit :
1) Diffuser l'idée dans Leeds-Grenville.
Avant tout, il faut assurer le soutien local de l'initiative.
Les membres de la table ronde sur l'environnement de Leeds-Grenville
pourraient jouer un rôle de premier plan pour formuler des avis et
présenter l'idée en ayant recours à leurs propres réseaux
crédibles. Des articles dans les journaux locaux fourniraient des
détails pour conforter le contact personnel et rejoindre d'autres
personnes.
En outre, un bulletin envoyé aux électeurs pourrait inclure
un aperçu du projet de loi et une invitation personnelle à
donner l'appui moral nécessaire pour lancer le processus à
l'échelle nationale. L'occasion se prêterait bien pour demander
aux électeurs leurs opinions sur ce que signifie le bien-être
dans la collectivité.
L'appui des électeurs aidera à justifier l'effort déployé
au sein du Parti libéral et l'expérience acquise au cours
de cette première étape pourrait servir aux autres députés,
à mesure que la campagne s'étendra à tout le pays.
2) Recueillir les idées sur la réorientation :
Les problèmes en cause n'ont rien de neuf; ils font l'objet d'une
réflexion et de débats depuis des décennies. De nombreuses
solutions excellentes ont donc été avancées. La première
étape du projet consiste à interroger les personnes et les
organisations qui prennent part à ce travail et à recueillir
les meilleures idées pour apporter les adaptations nécessaires.
Cette étape a deux fonctions. L'une d'elles est de nous familiariser
avec les mécanismes disponibles pour accomplir un changement d'orientation.
L'autre est de faire savoir aux Canadiens intéressés qu'une
mesure législative est en voie d'élaboration pour apporter
les changements nécessaires. Cette démarche permettra non
seulement de susciter des contributions, mais aussi d'établir des
contacts avec des personnes et des groupes qui pourront par la suite aider
à informer le public plus largement.
3) Rédiger le projet de loi :
Une fois recueillis le plus grand nombre de points de vue possible,
nous pourrons rédiger le projet de loi avec le concours de personnes
qui s'y connaissent en rédaction de lois.
4) Informer le grand public de la présentation du projet de loi :
À titre de proposition de mesure législative, ce «
projet de loi de la 7e génération » aura un potentiel
pédagogique énorme. Nous pourrions rédiger des documents
expliquant le projet de loi de façon à préciser les
problèmes et les solutions possibles. La présentation du projet
de loi au Parlement est l'occasion de rejoindre tous les Canadiens et de
leur faire savoir que, avec leur appui, le Parlement peut nous aider à
évoluer collectivement vers le développement durable.
Selon moi, s'il était évident que les autorités
fédérales appuient le changement d'orientation, un grand mouvement
d'espoir se dessinerait. Trop de gens se résignent à l'idée
que les forces qui dirigent l'économie de consommation sont insurmontables
et qu'il ne sert à rien d'essayer d'y changer quoi que ce soit. Ce
désespoir empêche bien des gens de prendre des initiatives
qui, en soi, constitueraient une grande partie de la solution, face à
la crise qui nous menace.
5) Mener une campagne pour faire adopter le projet de loi aux Communes :
Une fois que l'information sur la teneur du projet de loi aura bien
circulé, ce sera le moment de le déposer. Lorsque la Chambre
des communes en sera saisi, nous encouragerons les gens à discuter
de la question avec leurs voisins et leur député afin de mobiliser
les appuis.
Les inquiétudes quant à l'orientation de notre société
sont suffisamment répandues pour qu'une mesure concrète de
réorientation suscite un large appui populaire. Si le travail préliminaire
s'accomplit efficacement, ce soutien se manifestera de façon si évidente
que le gouvernement s'apercevra rapidement qu'il vaut mieux appuyer le projet
de loi. De toute manière, le processus sera instructif et suscitera
un vif intérêt.
6) Dimension internationale
:
Tout pays qui assumerait la pleine responsabilité des répercussions
sociales et environnementales serait désavantagé face à
la concurrence dans l'économie mondialisée telle que nous
la connaissons. Nous lançons un appel aux habitants de tous les pays
pour qu'ils collaborent à une oeuvre commune. Il faut prévoir
des mesures élargies pour assurer le bien-être dans le Système
des comptes nationaux auquel les pays doivent adhérer lorsqu'ils
deviennent membres de l'ONU. Si la 7e génération est toujours
prise en considération dans la prise de décisions, nous pourrons
relever le niveau général au point que notre tâche commune
sera d'assurer le mieux possible le bien-être à long terme.
Pour de plus amples renseignements, veuillez écrire
(aucun affranchissement nécessaire) à :
Marlene Jennings, député
Édifice de l'Ouest, 403
Chambre des communes
Ottawa K1A 0A6
(613) 995-2251
ou faire parvenir un courrier-el à Pierric Le Dorze à l'adresse
: jennim8@parl.gc.ca
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