La mesure du bien-être


Une remarquable occasion

Introduction

Volonté politique

La mesure du bien-être

Buts et mesures

PIB - La mesure actuelle

Les préoccupations environnementales

Préoccupations sociales
Indicateur de progrès véritable

L'évolution des valeurs marchandes

Conclusion

Le projet de loi de la 7e génération
Proposition de campagne

Dimension internationale

Une remarquable occasion

Pendant la campagne électorale fédérale de 1997, une relation tout à fait inhabituelle s'est établie entre deux candidats dans la circonscription de Leeds--Grenville, Joe Jordan du Parti libéral du Canada et Peter Bevan-Baker du Parti vert. M. Jordan s'est aperçu que ses convictions, le résultat d'années consacrées au développement en Éthiopie d'abord, puis dans la Hongrie nouvellement indépendante, se retrouvaient dans l'appel de M. Bevan-Baker, lequel voulait que dans toute décision on prenne en compte la perspective à long terme. De plus, M. Jordan a également constaté que le public était du même avis.

Après avoir été élu à la Chambre des communes, M. Jordan a rencontré M. Bevan-Baker et l'auteur de cette brochure pour voir de quelle façon on pourrait mettre la perspective à long terme en pratique. M. Jordan s'est engagé à présenter à la Chambre des communes un projet de loi d'initiative parlementaire afin d'intégrer la perspective à long terme dans les procédures générales de comptabilité; M. Bevan-Baker et le Projet sur la durabilité ont accepté de rechercher de la documentation pour préparer le projet de loi et de concevoir une campagne de sensibilisation et d'éducation du public afin de susciter la volonté politique nécessaire pour que le projet de loi soit pris au sérieux. Un aperçu de la campagne projetée se trouve dans le document joint « Le projet de loi de la 7e génération ». (page 24)

Le Centre de recherches pour le développement international(CRDI) d'Ottawa a accordé une petite subvention pour ce travail. C'est grâce au CRDI que nous avons pu rédiger ce document qui n'est cependant qu'une introduction. Nous le diffusons dans l'espoir d'avoir plus de détails et d'obtenir de la collaboration. D'autres contributions permettraient de poursuivre l'étude et d'organiser l'information sous forme de présentation détaillée des options et des propositions, en vue de les tester.

Introduction


Les objectifs que nous poursuivons sont les bases sur lesquelles se construira notre avenir. Nos progrès se mesurent en observant les changements de certains indicateurs particuliers. Pour atteindre l'avenir que nous voulons, nous devons faire en sorte que nos objectifs soient bien définis et que les indicateurs que nous utiliserons pour mesurer nos progrès soient adaptés aux besoins.

Supposons que l'objectif fondamental des collectivités humaines soit le « bien-être » de la présente génération et des suivantes. Ce que l'on entend par « bien-être » devrait être le sujet d'une redéfinition et d'une discussion permanentes de la part du public. Nous devons toujours être prêts à modifier notre direction et à raffiner la façon dont nous mesurons le progrès.

Cette brochure essaie de démontrer que l'expansion économique continuelle, telle que mesurée par le produit intérieur brut (PIB), pourrait ne pas conduire à un bien-être durable. Elle parle d'autres méthodes de mesure de notre succès qui, en incluant des mesures non monétaires, pourraient nous donner une estimation plus juste de notre situation.

Les domaines touchés au départ étaient :
L'environnement:

Les conditions sociales

Volonté politique

« Notre ignorance n'est jamais aussi grande que notre incapacité à adapter ce que nous savons. »
M.K. Hubbert

Il existe des techniques de mesure qui ressemblent à des yeux supplémentaires et qui nous donnent un aperçu différent des mécanismes de gestion. Le maintien du bien-être exige que nous étudiions de près les circonstances changeantes et que nous réagissions aux problèmes qui se présentent. En perfectionnant nos méthodes de calcul et en fondant nos politiques sur un champ d'activités étendu par l'observation, nous pouvons adapter les prix de façon à modifier notre développement collectif, sans avoir à nous départir de nos habitudes qui nous poussent à vouloir en avoir le plus possible pour notre argent.

Nous sommes des êtres très doués, dotés d'un énorme potentiel pour apprendre à bien vivre sur la terre. Il y a toutefois des modifications à apporter pour réaliser ce potentiel. Il était peut-être acceptable de régler nos actions sur l'activité économique au moment où la présence de l'Homme sur la terre était minime. Le poids d'un bébé est sans aucun doute une très bonne indication de son état de santé général, mais il est très peu utile quand il s'agit d'évaluer les progrès d'un jeune adulte.

L'humanité est devenue une espèce très populeuse dont les répercussions sont importantes. Sa présence sur la terre menace maintenant de déséquilibrer l'écosystème planétaire dont dépend notre survie tant physique qu'économique. Pour compliquer encore davantage la situation, l'être humain perd de plus en plus de capacités et les systèmes traditionnels et officieux de cohésion communautaires se désagrègent. Nous devons tenir compte de tous ces développements au moment où nous rédigeons des politiques et prenons des décisions. Les méthodes comptables permettant de réaliser les modifications nécessaires ne sont pas nouvelles. Nous avons toutefois besoin d'une volonté politique pour nous pousser à les légitimer et à exiger qu'on y ait recours.

La mesure du bien-être


Comment peut-on évaluer l'amélioration ou la détérioration de la
condition humaine?

Il y a deux précisions à apporter avant de répondre à cette question:

1) Il faut préciser l'objectif.
2) Il faut définir les mesures qui permettront d'évaluer notre rendement.

Si la société vise le bien-être des générations actuelles et à venir, alors l'objectif est loin d'être atteint.

À l'heure actuelle, on considère que la croissance du Produit intérieur brut (PIB) représente le bien-être. On utilise de plus en plus cet indicateur depuis la Seconde Guerre mondiale. Il s'est avéré efficace pour stimuler l'activité économique, mais au fur et à mesure que le volume annuel des activités s'accroît de façon importante, de nombreux effets secondaires se font sentir.

Si nous estimons que ces conséquences sont inacceptables, nous devons les reconnaître et les incorporer au système des comptes que nous utilisons pour mesurer le bien-être.

Dans la partie qui suit, on examinera certaines causes de ces problèmes et le fait qu'on les néglige parce que les décideurs ne s'intéressent qu'à la mesure du PIB. On traitera plus loin de certains points qui suscitent des préoccupations.

Buts et mesures

Les buts sont étroitement associés à la manière dont on les mesure. Dans bien des jeux, le terme « but » est synonyme de ligne, de poteaux ou de cible qui mesurent la victoire. Dans d'autres sports, le but est défini par la mesure ultime de la meilleure rapidité, distance ou hauteur.

Comme nous avons tendance à viser des buts en surveillant la mesure de la réussite, il importe de faire en sorte que nos techniques de mesure servent en fait à mesurer ce que nous désirons accomplir.

Des mesures erronées peuvent nous détourner de notre but. Une boussole qui indiquerait le nord, alors qu'elle pointe vers le nord-ouest, nous conduirait à gauche de notre but. Il faudrait peut-être plus d'un voyage malencontreux, voire des mésaventures, avant que nous soupçonnions la boussole d'être la coupable. Cependant, une fois l'appareil de mesure défectueux remplacé par un appareil précis, les déplacements deviendraient plus sûrs et plus directs.

PIB - La mesure actuelle


Le PIB est la combinaison totale de toutes les transactions financières. Par cette mesure, nous atteignons, bon an mal an, un classement plus élevé que jamais auparavant dans l'histoire, de sorte qu'il peut sembler que nous obtenions d'excellents résultats. Cependant, avec le PIB, ce n'est pas le succès remporté au cours de l'histoire qui témoigne du bien-être, mais bien le degré selon lequel le nouveau bilan dépasse l'ancien. Cette progression, soit le pourcentage de croissance de l'activité économique totale par rapport à l'année précédente, est la mesure du bien-être. Au cours des décennies, cette croissance exponentielle des totaux annuels a atteint des proportions renversantes.

Le respect envers la mesure du PIB s'est accru, en même temps qu'une compréhension et une appréciation de la façon presque magique dont les marchés accordent une place au processus économique. Ce processus intègre la perception, la compétence et l'ingéniosité de centaines de millions de personnes dans un solide système d'entraide.

Dans leur ouvrage For the Common Good, Herman Daly et John Cobb font remarquer ceci : « L'idée la plus importante que les économistes doivent transmettre au sujet du marché, c'est que des décisions indépendantes et décentralisées entraînent non pas le chaos, mais un ordre spontané. »

Ce fonctionnement crucial du marché a contribué à la croyance que, plus l'activité économique est forte (produit intérieur), mieux nous nous portons. Selon la mesure du PIB, nous sommes sur la bonne voie. Malheureusement, des ajouts de plus en plus importants s'imposent chaque année, pour que nous puissions demeurer quelques points de pourcentage au-dessus du bilan de l'année précédente. L'augmentation du PIB semble désormais exiger des compressions dans les services que la société a jugé utile d'appuyer par le passé. L'éducation, la santé, la protection de l'environnement, les pensions et tous les autres secteurs qui ne génèrent pas directement des recettes financières sont considérés comme des postes de dépenses irresponsables dans la poursuite du bien-être représenté par le PIB. En même temps, tous les bilans annuels mis ensemble ont un effet cumulatif sur le monde naturel.

Certains estiment que la réduction des services et l'accroissement des tensions sur le plan de l'environnement témoignent d'une diminution de notre bien-être. Les préoccupations exprimées sont suffisantes pour justifier qu'on procède à un examen sérieux de nos buts et de la façon dont nous les mesurons. Dans la situation actuelle, beaucoup de choses valent la peine d'être préservées, mais on ne saurait négliger les problèmes. Notre mesure du bien-être doit tenir compte de ces problèmes si nous voulons éviter la catastrophe.

Les règles du jeu économiques restent équitables dans la mesure où elles sont les mêmes pour tout le monde. En incluant la question plus générale de la durabilité de l,environnement et de la santé sociale dans les systèmes de comptabilité p
ublique, nous pouvons rehausser les règles du jeu à un excellent niveau pour les générations actuelles et futures.

Les préoccupations environnementales


Si l,examen de notre mesure du bien-être suscite de plus en plus d,intérêt, c,est principalement en raison de l,émergence de problèmes environnementaux.

Pendant des dizaines de milliers d,années, les communautés humaines ont évolué en ayant des répercussions notables uniquement sur d,infimes parties du monde qui les entourait. Nous avons pensé que notre système économique évoluait indépendamment de la nature. De nos jours, nos activités ont des répercussions sur pratiquement tous les aspects de la vie sur la Terre. Nous ne pouvons plus agir comme si nos activités sont isolées de l,ensemble de la planète.

La pollution et l,appauvrissement des ressources

L,activité économique est à l,origine de 3/5 des considérations écologiques.

L,ensemble de l,activité économique humaine peut être divisée en trois étapes fondamentales : la collecte de matières premières, la transformation et la distribution.

1) La collecte de matières premières
Le repérage et la collecte de matières premières comme le sol et des semences, des gisements métallifères et des sources d,énergie, ou de l,information et des images.

2) La transformation des matières premières recueillies
L,ensemencement, la culture et la récolte; l,extraction de métaux des minerais et leur transformation en articles utiles ou l,organisation de l,information en un tout cohérent, utile et divertissant.

3) La distribution du produit fini
L,acheminement du produit cultivé, des biens manufacturés, du rapport, du film ou de ce qui a été produit aux gens et aux endroits où ils pourront être utiles et appréciés.

Dans une économie bien développée, la matière première à l,origine d,une activité économique est souvent le produit d,une ou de plusieurs autres activités. Les trois étapes susmentionnées constituent toutefois le fondement de toute activité économique.

Dans le système économique de la nature, on observe les trois mêmes étapes. Les plantes et les animaux recueillent des matières nutritives, ils les transforment (digestion) sous des formes utiles et les distribuent aux organes et aux membres qui s,en serviront pour leur croissance et leur activité. Parfois, certaines créatures recueillent même des matières qu,elles transforment en « artefacts » destinés à une utilisation particulière, par exemple des nids et des alvéoles.

Dans le système économique de la nature, les étapes de la collecte des matières premières, de leur transformation et de leur distribution sont associées à deux autres considérations : la base de ressources naturelles et le gaspillage. Dans le système économique des êtres humains, on a rarement tenu compte de ces préoccupations. Dans les études écologiques, les limites que ces aspects imposent sont toutefois souvent observées et elles s,expliquent parfois par la « loi du minimum » et la « loi de la tolérance ».

Selon la loi du minimum, les organismes en croissance continueront de puiser, selon leurs besoins, dans les matières premières disponibles jusqu,à ce que l,une d,elles s,épuise. La première matière première épuisée constitue le facteur limitant. La dégradation des sols, l,absence de diversité génétique et l,épuisement des combustibles fossiles, des ressources forestières, des stocks de poisson et d,autres ressources, sont des exemples de problèmes qui se posent lorsqu,on ne tient pas compte de cette « loi ».

La loi de la tolérance concerne la capacité des différents organismes de tolérer des modifications dans leurs conditions de vie. Les modifications des conditions climatiques ou de la composition chimique de leur environnement peuvent mener à des situations intolérables--et partant, limitantes--tout comme l,arrivée d,un organisme concurrent ou d,un nouveau prédateur. Parmi les facteurs qui influent sur les limites de tolérance il y a les changements climatiques, l'amincissement de la couche d'ozone, la pollution du sol, de l'eau et de l'air, la perte d'habitats naturels, les pesticides et les ordures.

Si Dame Nature pouvait présenter des factures pour les ressources extraites de son sol et les déchets rejetés, la comptabilité économique conventionnelle pourrait garder les activités humaines en équilibre avec le reste du monde naturel. Malheureusement, le seul avis que la nature donne en cas de comptes en souffrances, c'est la forclusion. Les espèces qui ont pour habitude de ne pas tenir compte des limites écologiques finissent tout simplement par disparaître. Pour éviter une fin aussi radicale, nous pouvons élargir nos systèmes de comptabilité de sorte qu'ils tiennent compte des ordures produites et des ressources utilisées. En imposant un système de comptabilité tenant compte de façon cohérente de ces limites, toutes les entreprises se retrouvent sur le même pied. Celles qui pourraient trouver des moyens de produire leurs produits et leurs services en polluant le moins et en prélevant le moins de ressources bénéficieraient de l'avantage concurrentiel. Cela contribuerait beaucoup plus au bien-être général que la situation actuelle, où les entreprises qui se préoccupent le moins des ordures et de la pollution sont souvent celles qui bénéficient d'un avantage concurrentiel.


L'évaluation des ordures

Nous produisons d'énormes quantités d'ordures. Pendant des années nous nous sommes contentés de les enterrer comme si cela les faisait disparaître. Cependant, les effets secondaires de cette pratique ont rendu les sites d'enfouissement impopulaires parmi la population qui vit à proximité. La circulation des camions, les ordures échappées des sites et la contamination des nappes phréatiques auxquelles s'ajoutent les nouveaux règlements en matière de sécurité font qu'il est de plus en plus difficile et de plus en plus coûteux de trouver de nouveaux sites. À bien des endroits, les frais d'enfouissement dépassent 100 $ la tonne.

Ces frais ont beaucoup contribué à la diversification des moyens d'élimination des ordures, mais même le recyclage et le compostage ne se font pas sans frais. Puisqu'il faut payer 100 $ pour éliminer une tonne d'ordure, cet argent peut servir à détourner les ordures des sites d'enfouissement. Même à ce prix, la collectivité y trouve son compte, car l'espérance de vie des sites d'enfouissement peut être prolongée. Si les coûts de recyclage et de compostage sont inférieurs à 100 $, il y a des économies.

La méthode du coût complet et la bonne gestion des produits sont deux moyens de responsabiliser la gestion des ordures et des ressources naturelles.

Selon la méthode du coût complet, des valeurs sont attribuées aux ressources, à la pollution et aux problèmes sociaux. Ces valeurs sont transformées en tarifs ou en taxes sur les activités créant des problèmes. L'attribution d'un prix à chaque problème est un langage que les entreprises peuvent comprendre. Les recettes générées par les frais et les taxes serviraient à corriger les problèmes et ces dépenses, qui deviendraient dès lors concrètes, encourageraient les entreprises à éviter dès le départ de causer les problèmes.

Selon le système de bonne gestion des produits, le fabricant est responsable de ses produits. Lorsque la vie utile d'un produit que le consommateur a payé est terminée, le fabricant doit le reprendre et s'occuper d'en disposer d'une manière acceptable. Une telle exigence encourage les producteurs à envisager la réparation ou le recyclage de leurs produits dès l'étape de la conception. De cette façon, le problème des déchets peut être minimisé avant même la fabrication du produit.

La biodiversité

La toile de la vie forme un réseau enchevêtré d'éléments interdépendants. Chaque fois qu'une espèce disparaît, la résistance de cette toile diminue. Si nous conservons nos modèles de développement qui provoquent régulièrement l'extinction ou la quasi-extinction d'autres espèces, nous menaçons progressivement notre propre existence dans l'écosystème mondial. La perte d'une espèce se traduit également par la perte d'un capital génétique pouvant servir à lutter contre la maladie chez les humains et chez les plantes alimentaires ou à mettre au point de nouveaux aliments. À côté de ces dangers et de ces pertes pour les êtres humains, il y a des raisons de croire que les autres êtres vivants ont aussi droit à l'existence.

Chaque jour, l'expansion des activités humaines transforme des parties de la planète. À mesure que nous prenons possession de nouveaux territoires, d'autres espèces sont déplacées. Lorsqu'elles n'ont plus nulle part où se réfugier, elles périssent. S'accaparer la terre pour l'agriculture, raser les forêts pour faire du bois de construction ou du papier et étaler les villes sont des activités qui chassent les espèces autochtones.

Par ailleurs, en raison même de notre mode de vie, nous rejetons de nombreux produits dans l'environnement. Certaines sont inoffensives. D'autres transforment la nature du sol, de l'eau et de l'air d'une façon qui les rend non habitables.

Compte tenu de notre expansion rapide et continue, le taux de disparition d'espèces est alarmant. La Convention des Nations Unies sur la diversité biologique est le résultat de ces préoccupations de la communauté internationale. La Convention invite tous les pays à conserver la biodiversité et à utiliser les ressources biologiques d'une manière durable par la sensibilisation, la fiscalité et les incitatifs. Il ne fait pas de doute qu'on peut ralentir le taux de perte d'espèces à l'aide de ces mesures. Cependant, à moins que les objectifs ne fixent des limites maximales à l'expansion de la domination de l'homme, la bataille est perdue d'avance. Déjà, l'homme utilise 40 p. 100 de tous les produits des activités de photosynthèse d'origine terrestre et nous consommons tellement de produits de la mer que toutes les pêches naturelles du globe sont en déclin. Alors que certaines expansions économiques peuvent avoir lieu sans accroître notre impact planétaire, il y a actuellement peu d'exceptions à la règle. L'expansion perpétuelle aura inévitablement pour effet de détruire d'autres formes de vie et de menacer notre bien-être à long terme.

Préoccupations sociales


Pour éviter la dépréciation de la condition humaine, nous prenons conscience que le système économique doit respecter les écosystèmes et rendre compte de ses effets. En outre, nous nous menaçons nous-mêmes lorsque le système économique ne reconnaît pas ses effets sur les systèmes sociaux.

Manque de possibilités pour la participation

L'humanité a survécu grâce à sa capacité de coopérer. Nous ne sommes pas particulièrement rapides ou forts, nos dents sont courtes, et nos ongles ne sont pas acérés, mais nous savons travailler ensemble, ce qui a assuré notre survie. Pendant des centaines de milliers d'années, les groupements dont les membres s'épaulaient les uns les autres ont prospéré. Cette expérience est inscrite dans nos codes génétiques, comme en fait foi le simple test suivant : faites donc quelque chose pour quelqu'un sans rien attendre en retour et demandez-vous ce que ce geste vous inspire à propos de vous-même et, par conséquent, du monde entier.

S'ils n'ont pas la possibilité de contribuer à la société, les gens sont à risque. Le fait de ne pas se sentir utile ou voulu est assez troublant. Le fait de ne pas pouvoir satisfaire ses besoins élémentaires que sont la nourriture, le vêtement et le logement peut être mortel.

Peu de gens en meurent s'ils ne peuvent apporter leur contribution ou s'ils n'ont pas d'argent pour acheter les nécessités de la vie. Le stress économique entraîne des tensions à la maison ainsi que la tentation d'enfreindre les lois. La violence familiale, les foyers brisés, l'aliénation et le désespoir présentent des difficultés immédiates aussi bien que des réactions à retardement. Les coûts de la délinquance, de la consommation abusive de drogues, de la maladie, du crime, des mesures judiciaires et correctionnelles doivent être payés au bout du compte.

Il serait bien moins coûteux de reconnaître que les gens ont besoin d'avoir l'occasion de participer afin de conserver leur dignité en subvenant à leurs besoins. Les mesures et les politiques qui diminuent les possibilités de participation de chacun doivent être reconnues pour les coûts qu'elles entraînent. Il a peut-être été efficace de faire faire le travail de deux personnes par une machine afin de les libérer pour faire autre chose qui devait être fait, mais quand une nouvelle machine laisse des gens sans rien faire, nous devenons bien moins efficaces.

Notre mesure du bien-être ne nous amènera vers des temps meilleurs que si elle reflète les coûts du chômage. C'est un signe de dysfonctionnement quand les observateurs célèbrent les gains de la Bourse qui résultent de la hausse du chômage. En ne tenant pas compte des effets sur les sans-emploi, le marché dit que lorsque le chômage est en hausse, les gens sont prêts à travailler pour moins, les entreprises font plus de profits et le marché boursier s'apprécie. Commettre l'erreur de considérer la tragédie du chômage comme une bonne nouvelle est le meilleur moyen de s'attirer des ennuis.

Dans une publication du Forum national sur la santé de Santé Canada intitulée, La santé et ses déterminants, le Dr William Avison écrit que le chômage a eu un effet pernicieux et envahissant sur la santé. L'examen que l'on fait dans cette publication de la documentation connexe confirme que la perte d'emplois est un facteur important des troubles de santé mentale et physique et que les conjoints de chômeurs connaissent des problèmes émotifs plus graves... Les enfants, les adolescents surtout, dont les parents sont sans emploi semblent courir davantage le risque d'avoir des troubles émotifs et psychologiques. De plus, d'autres rapports laissent entendre que le « rétablissement après le retour au travail n'est ni immédiat ni complet ».

D'autres études établissent un lien entre le chômage et la violence familiale et d'autres crimes.

Selon une étude menée par le comité économique mixte du Congrès américain en 1976, une augmentation de 1 point de pourcentage du taux de chômage, disons de 5 p. 100 à 6 p. 100, mène, en moyenne,
à 495 décès causés par une cirrhose du foie,
à 648 homicides,
à 920 suicides,
à 3 349 peines d'emprisonnement dans des prisons d'État,
à 4 227 séjours dans des hôpitaux psychiatriques et
à 20 240 décès causés par une crise cardiaque ou un accident cérébrovasculaire.

Ces statistiques sont loin d'illustrer un sentiment de bien-être. Si nous voulons éviter de nous détruire, nous devons pouvoir distinguer le bien du mal. Une croissance économique qui entraîne de telles souffrances n'est pas bonne.

Le gaspillage des ressources humaines coûte cher, tout comme l'élimination des déchets. Si nous ouvrons les yeux et reconnaissons l'existence de ces problèmes, nous trouverons des ressources considérables pour régler les problèmes avant qu'ils ne causent des dommages.

Le partage du travail et l'accroissement des aspects créatifs du travail pourraient tous deux contribuer à améliorer les perspectives d'emploi.

Partage du travail

Au début, la mécanisation était une découverte merveilleuse. En exploitant l'énergie de l'eau, du vent et par la suite des combustibles fossiles pour faire fonctionner des outils et effectuer des tâches répétitives, nous avons fait gonfler le volume de biens disponibles. Il y avait donc des chaussures, des vêtements, des ustensiles de cuisine et des outils de meilleure qualité et en plus grand nombre pour tout le monde.

L'idée faisant son chemin, les innovations se multipliaient. Ce ne fut qu'une question de temps avant que les pays industrialisés se mettent à produire plus que ce dont les consommateurs avaient besoin. Au début des années 1900, les besoins des consommateurs étaient déjà satisfaits. Dans le but de répartir le travail disponible, la semaine de travail a été réduite, passant de 70 à 60 à 50 puis à 40 heures.

Vers la fin des années 1920, même si la semaine de travail avait été
ramenée à 40 heures, le chômage redevenait un problème en raison de la écanisation accrue. Les syndicats ont proposé que la semaine de travail soit réduite encore davantage et passe à 30 heures. Les mêmes arguments concernant le partage du travail disponible ont été avancés, mais un nouvel élément est entré dans le débat, soit les loisirs que procurait la réduction des heures de travail. Les loisirs en soi étaient fort utiles aux travailleurs; ils pouvaient rénover leur maison, jouer avec leurs enfants, pique-niquer aux abords d'une rivière et développer certaines qualités personnelles qu'ils n'auraient jamais exploitées s'ils avaient dû consacrer toute leur énergie à leur gagne-pain. Cette résolution a soulevé un tollé de protestation de la part des gestionnaires des industries et des leaders de l'opinion publique qui ont lancé une campagne publicitaire pour dénigrer la tendance vers la réduction des heures de travail. Il a été décidé d'aborder le problèmede la saturation des besoins des consommateurs en créant le besoin et en encourageant le gaspillage. Au lieu de la sécurité matérielle et de loisirs, nous avons eu droit à la publicité et à l'obsolescence.

Peu après la Seconde Guerre mondiale, Victor Lebow, analyste du commerce du détail, a écrit dans le Retailing Journal : « Notre économie remarquablement productive... veut que nous fassions de la consommationnotre mode de vie, que nous transformions l'achat et l'utilisation de biens et de services en rituels, que nous fondions notre spiritualité et notre égocentricité sur la consommation... Il nous faut consommer, user, remplacer et rejeter à un rythme toujours croissant. »

Après cinquante ans de consommation effrénée, nous avons découvert les limites de notre environnement. Nous avons mis en péril nos vies et la vie autour de nous en consommant et en gaspillant. L'automation entraîne à son tour du chômage. La croissance de la consommation ne fournira pas de solutions efficaces.

Si nous reconnaissons le besoin fondamental chez l'être humain de contribuer à la société en accomplissant un travail quelconque, il nous faut reconnaître la responsabilité de ne pas accaparer plus que notre juste part du travail. Les comptes nationaux doivent contenir des mesures du volume d'activités productives disponibles et de la façon dont elles sont réparties. Anders Hayden, dans 32 Hours for Full Employment, signale que la France a présenté un projet de loi visant à instituer la semaine de travail de 35 heures à compter du 1er janvier 2000 et à offrir des incitatifs financiers importants pour les entreprises qui parviennent à réduire la semaine de travail à 35 ou 32 heures. L'Italie prévoit établir la semaine normale de travail de 35 heures d'ici 2001. Quant aux Pays-Bas, bien qu'ils n'aient pas légiféré pour réduire la durée de la semaine de travail, ils ont réussi à obtenir depuis le début des années 80 un engagement de la part des entreprises, des syndicats et du gouvernement à négocier des réductions graduelles des heures de travail. On a réussi à y réduire la semaine de travail à 38 heures dans tous les secteurs, 15 p. 100 des travailleurs à temps plein y bénéficient d'une semaine de 36 heures et certaines entreprises ont réduit leur semaine de travail à 34 heures. La moyenne annuelle des heures de travail par travailleur y est maintenant la plus basse du monde industrialisé, et le taux de chômage y est passé d'environ 13 p. 100 dans les années 80 à moins de 5 p. 100 aujourd'hui.

Prendre le temps de faire du bon travail et de prendre
plaisir au travail que nous effectuons


Déjà en 1972, E.F. Schumacher écrivait dans son ouvrage classique Small is Beautiful que nous devrions tendre à réduire l'efficience avec laquelle nous produisons des biens. Après avoir démontré que la société consacrait en réalité moins de 4 p. 100 du temps collectif à du travail matériellement productif, Schumacher soutient que si nous multipliions ce temps par six, « il y aurait suffisamment de temps pour faire du vrai bon travail, prendre plaisir à ce qu'on fait, produire des choses véritablement de qualité, et même produire de belles choses. [...] Personne ne voudrait hausser l'âge de fin de scolarité ou abaisser celui du départ à la retraite afin de garder les gens hors du marché du travail. Tout le monde aurait accès à ce qui est maintenant le privilège le plus rare, soit la possibilité de travailler utilement, de façon créatrice, avec ses propres mains ou son cerveau dans le temps de son choix, à son propre rythme -- et avec d'excellents outils. »

L'invitation de Schumacher à réduire l'efficience de production est d'autant plus urgente aujourd'hui que le processus d'automatisation s'installe à une vitesse accélérée.

Une taxe sur l'efficience en matière d'emploi constituerait une autre façon de s'attaquer au problème. Les entreprises produisant X p. 100 de biens et de services tout en employant moins de X p. 100 de la population active pour ce faire seraient obligées de compenser pour la différence. Le montant de la taxe devrait être suffisant pour pourvoir aux besoins d'autant de personnes que l'entreprise en licencie. Du crédit serait accordé pour investir dans des moyens permettant d'augmenter les possibilités d'emploi durable.

Le défaut de prendre en compte les contributions non monétaires au bien-être

Une bonne partie de ce qui fait la prospérité des collectivités esteffectué gratuitement par les gens les uns pour les autres. C'est ce qu'on appelle parfois l'économie informelle. Élever sa famille, s'occuper des personnes âgées, effectuer du travail communautaire bénévole et une bonne partie de l'art et de la culture qui mettent de la qualité dans la vie de tous les jours, tout cela ne met pas d'argent à contribution. L'argent cependant est la seule mesure de bien-être que reconnaisse la science économique conventionnelle. En ne reconnaissant pas les activités énumérées ci-dessus, nous les invalidons, et cela mène à des conséquences négatives.

Beaucoup de gens parlent de méfiance à l'égard de l'autorité, mais en pratique, presque tout le monde porte un profond respect à la légitimité qu'elle confère. À mesure que grandissait la prédominance de l'économie de marché, sa mesure du bien-être a acquis une légitimité accrue. Comme les activités bénévoles n'entrent pas dans le calcul du PIB, leur valeur est mise en doute. Les gens choisissent de plus en plus les activités rémunérées par rapport aux activités bénévoles, ce qui se répercute de façon négative sur le bien-être des familles et des collectivités.

Le prix des choses n'a pas toujours été la seule mesure de leur valeur, mais, au fil des siècles, cette moralité unidimensionnelle a grandi hors de proportion et submerge maintenant toutes les autres valeurs. (Voir L'évolution des valeurs du marché.) Il en résulte que la qualité de nos vies s'en trouve réduite.

Réévaluer l'économie informelle

Sally Learner, de l'Université de Waterloo, a fait observer ceci : « S'il doit y avoir à l'avenir moins d'emplois durables, à temps plein, convenablement rémunérés, la justice prescrit que nous ne continuons pas à pénaliser et à stigmatiser les gens qui ne peuvent pas trouver de ces emplois. Nous devons examiner d'autres mécanismes pour attribuer le travail et distribuer le revenu. » Mahatma Gandhi disait : « Occupez-vous d'abord des plus humbles d'entre vous. »

L'idée d'un revenu annuel garanti existe depuis assez longtemps. Un tel programme assurerait un niveau minimum de soutien à tous les membres de la société. Selon certaines études, si on calcule toutes les dépenses au titre de l'aide sociale, des soins de santé, des services de police, des tribunaux et des services correctionnels, il serait considérablement moins coûteux de voir à ce que personne ne se rende jamais jusqu'au désespoir. Le revenu garanti ferait de la subsistance un droit et éliminerait le coût et la dégradation d'un système d'aide sociale qui essaie de décourager les gens d'y faire appel.

Witnesses for a Sustainable Economy (WISE) est une organisation qui cherche à dissocier le travail et le revenu. Elle voudrait que nous passions du travail fondé sur la peur au travail fondé sur le souci du bien-être.

Dans le système actuel, on a soit un emploi rémunérateur, soit une existence marginalisée. Cela crée une culture de la peur : peur de perdre son emploi; peur d'exécuter des tâches si bien qu'elles n'auront plus besoin d'être exécutées; peur d'être incapable de travailler pour cause de maladie, d'accident ou de vieillesse. La peur est une motivation efficace, mais comme principal stimulus dans notre société de production, elle est inutile et souvent nuisible. Non seulement il y a les conséquences dangereuses du chômage qui créent la peur, mais ceuxqui ont du travail sont aussi touchés. Souvent, ils travaillent plus qu'ils ne le devraient, simplement par mesure de prévention. Les innovations techniques se font petit à petit, faisant en sorte que les versions antérieures d'un produit deviennent désuètes. On ne cherche pas simplement à offrir le meilleur service possible. La durabilité et les réparations faciles sont évitées. Et on conçoit d'innombrables stratagèmes allant de la supercherie au crime pur et simple par crainte de ne pas pouvoir payer ses comptes.

Par contre, si le coût de la vie était un droit acquis à la naissance, nous pourrions tous relaxer un peu. Sans la crainte pour nous motiver, le désir d'être utile et de sentir qu'on a besoin de nous commencerait à se manifester. Les gens pourraient offrir leur travail comme cadeau. Ils pourraient développer leurs talents uniques, suivre leurs inspirations et répondre aux besoins de la collectivité qui les entoure.

Les principales objections à un tel arrangement sont liées à la motivation. Beaucoup de gens sont tellement habitués de vivre dans la crainte et sous la contrainte qu'ils ne peuvent pas imaginer qu'on puisse travailler autrement. Qui ramasserait les ordures ou qui travaillerait dans les mines? S'il n'y avait personne pour faire un travail particulier, on se rendrait vite compte si ce travail est nécessaire ou non. S'il est nécessaire, le prestige et les autres formes de rétribution* associés à l'exécution de ce travail augmenteraient jusqu'à ce quelqu'un décide de remplir ce rôle. Au lieu de forcer les personnes défavorisées à faire un certain travail, il nous faudrait reconnaître l'importance de ce travail et prévoir une forme de rétribution proportionnelle à son importance, ou trouver des façons moins désagréables de faire ce qui doit être fait.

Dans un contexte plus large, un revenu garanti pourrait régler un des problèmes les plus complexes sur la planète. Peu importe le degré d'efficience que nous atteignons, nous ne nous libérerons jamais des dangers écologiques tant que notre population continuera de s'accroître. Dans chaque cas où la population s'est stabilisée, la sécurité de la vieillesse a joué un rôle de premier plan. Les gens qui ne craignent pas l'indigence n'ont plus besoin de se sécuriser en ayant beaucoup d'enfants.

* Même si cela ne fait pas partie de la vision de WISE, le travail rétribué en argent pourrait encore faire partie du système.

Indicateur de progrès véritable

Lorsque nous devons augmenter les dépenses au titre de l'équipement de sécurité, des avocats spécialisés dans le divorce et du nettoyage des déversements de substances toxiques, il y a lieu de s'inquiéter. Pourtant, le système actuel additionne toutes les dépenses pour mesurer le PIB. Le fait de devoir nous défendre contre le crime, la rupture des mariages et la pollution environnementale est un signe de difficulté et non de bien-être. Les dépenses de ce genre doivent être soustraites de notre mesure du bien-être si nous voulons avoir une idée exacte de notre situation.

L'exemple classique de la différence entre les bonnes et les mauvaises dépenses est le déversement de pétrole de l'Exxon Valdez sur la côte de l'Alaska. Deux milliards de dollars ont été dépensés pour le nettoyage et pour essayer de réduire au minumum les conséquences environnementales. L'argent a été dépensé en Alaska et a circulé dans l'économie de cet État, entraînant une augmentation importante de son PIB. On aurait tort, toutefois, de recommander qu'un pétrolier aille s'échouer au large de chaque région qui connaît des problèmes économiques. Nous devons reconnaître, par exemple, que les sommesinvesties dans les prisons engendrent un bien-être moindre que les sommes investies dans l'éducation.

Quand on essaie d'introduire des valeurs autres que des prix chiffrés dans nos systèmes comptables, il peut être difficile de produire des données avec lesquelles travailler. Certaines choses, comme le coût des ordures, peuvent être comptabilisées à partir de tous les frais connexes. C'est plus compliqué dans le cas du chômage. On peut le chiffrer en évaluant le coût des problèmes de santé additionnels, de l'augmentation de la criminalité et autres effets connexes, mais comment mettre un prix sur les troubles affectifs et les retards de développement d'un enfant causés par le chômage d'un parent et les difficultés familiales qui s'ensuivent? Certaines choses, comme le paysage environnant, l'amitié et un sens d'appartenance ne peuvent pas et ne doivent pas être réduites à de simples chiffres et pourtant elles ont une grande valeur et doivent entrer en ligne de compte dans notre évaluation du bien-être.

À l'intention de ceux qui ont du mal à discerner leur devoir moral, on essaie d'assigner une valeur monétaire à des choses qui n'en avaient jamais eu. Une valeur approximative donne une idée plus exacte de la réalité que le fait de n'accorder aucune valeur aux choses qui n'ont pas de prix.

L'indicateur de progrès réel (IPR) est un instrument de mesure mis au
point par un organisme qui s'appelle Redéfinir le progrès. L'IPR tient compte du travail non rémunéré, ajoute les dépenses constructives et soustrait les dépenses destructives. Les facteurs qui entrent dans le calcul de l'IPR sont les suivants : la criminalité et la désintégration des familles, le travail ménager et bénévole, la redistribution du revenu, l'épuisement des ressources, la pollution, les dégâts environnementaux à long terme, la variation du temps consacré aux loisirs, les dépenses de défense, la durée de vie des biens de consommation durables et des infrastructures publiques ainsi que la dépendance à l'égard des investissements étrangers.

D'après l'IPR, depuis 1970, notre qualité de vie se détériore à un rythme accéléré. Cette constatation suggère que nous ne tirons pas le meilleur parti possible des connaissances et des compétences à notre disposition et que nous devons revoir nos pratiques de gestion.

L'évolution des valeurs marchandes

En 1776, Adam Smith publiait La richesse des nations. C'était la première explication claire de la pensée capitaliste. C'est la base de l'économie de marché. Les valeurs marchandes existaient avant Smith, mais elles étaient modérées par les valeurs traditionnelles. Smith lui-même fut connu de son vivant pour son traité de philosophie morale intitulé Théorie des sentiments moraux. Ce sont ses observations pointues du comportement humain qui lui ont permis de déterminer comment fonctionnaient les marchés et comment s'établissaient les prix.

En décrivant avec précision les mécanismes du marché, Smith nous a
donné les moyens d'intervenir.

L'un des éléments clé de sa théorie est de savoir comment l'intérêt personnel, exercé dans le cadre du marché, peut profiter à la société. Smith prétend qu'une personne qui s'intéresse uniquement à ses gains personnels peut faire plus pour la société que si elle essayait intentionnellement de faire le bien « comme si elle était guidée par une main invisible ». Il y a là une vérité fondamentale. Il y a deux cents ans, on ne pouvait guère s'enrichir personnellement sans en faire profiter la collectivité car on produisait plus de biens et de services. Ce procédé s'est révélé extrêmement puissant. Non seulement les gens étaient-ils satisfaits de pouvoir s'offrir des biens et des services supplémentaires, mais ceux que ce commerce enrichissait étaient très heureux et s'employaient à promouvoir plus avant l'intérêt personnel et les valeurs mercantiles. L'égoïsme, qui était un comportement toléré, devint la fondation de la pensée et de la planification économiques. L'appât du gain et l'envie sont maintenant des comportements richement récompensés du fait qu'ils stimulent la croissance économique. Plus les gens en veulent, plus ils en feront pour gagner de l'argent et faire tourner l'économie.

À l'époque de Smith, la population était accoutumée au mélange traditionnel de valeurs, qui mettait de l'ordre dans la société. L'intérêt personnel était tempéré par d'autres valeurs. Au fur et à mesure que les valeurs marchandes furent adoptées par un nombre grandissant de personnes, les valeurs traditionnelles s'estompèrent. Chaque génération est un plus accoutumée à la notion de prix et un peu moins à celle de l'équité et de la compassion que la génération précédente. Deux siècles après Smith, la suprématie de l'économie de marché a donné naissance à un « nouvel ordre mondial ». Les valeurs traditionnelles ont presque entièrement disparu de la vie publique et la majorité des décisions sont basées sur rien d'autre que le rendement et les coûts monétaires. Cette évaluation unilatérale faite par les entreprises et les gouvernements, avec l'aide des médias, influence ce qui est important pour les gens. Il n'est pas rare de nos jours que des parents qui doivent prendre soin de leurs enfants se demandent si cela en vaut la peine. Si l'on peut payer une somme X pour la garde des enfants et gagner une somme 3X à travailler, la logique du marché nous amène à conclure qu'il est préférable de les faire garder par d'autres.

Outre la perte de qualité de vie qu'entraîne le matérialisme, la main invisible du marché est venue changer la donne. Pour tirer personnellement parti du marché, il n'est plus nécessaire de fournir des choses dont les gens ont besoin. Grâce à la publicité à grande échelle, certains accumulent des fortunes en créant une demande pour des choses dont la population n'aurait jamais cru avoir besoin. La spéculation permet aussi de faire d'énormes profits en n'offrant que très peu ou même rien en échange. Dans le langage économique, la main invisible maximise son avantage concurrentiel en capitalisant sur le fait qu'elle est invisible, ce qui facilite le vol à la tire. Le génie de l'intérêt personnel s'est libéré des confins de l'ordre social traditionnel. Nous sommes confrontés à la nécessité de rétablir l'équilibre entre ce phénomène et d'autres aspects de la nature humaine.

Pour redonner de la valeur au travail bénévole, les travailleurs doivent sentir que leurs efforts sont appréciés. Autrefois, ceux qui élevaient des enfants, faisaient du spectacle ou contribuaient d'une manière ou d'une autre au bien-être de leur collectivité étaient logés et nourris par les autres membres de la famille, de la tribu ou du clan qui produisaient les biens nécessaires. De nos jours, la plupart des biens sont produits grâce à un processus industriel. Rares sont ceux qui connaissent les producteurs des biens essentiels à la survie. Ce qu'il faut pour ramener les activités volontaires, c'est la reconnaissance de la valeur d'échange de notre époque, l'argent.

Conclusion

Les êtres humains sont extrêmement doués. Nous avons la capacité de vivre une vie longue et à l'abri des dangers sur notre planète, tant et aussi longtemps que le soleil brillera. Malheureusement, si nous ne modifions pas l'orientation actuelle de la société, nous allons nous trouver dans la situation écologique classique caractérisée par un dépassement des capacités et l'effondrement. Quand une espèce n'a rien qui limite son expansion, le nombre de ses individus augmente jusqu'à ce qu'elle ait consommé toutes les ressources dont elle dépend, et la population diminue tout d'un coup.

Pendant des siècles, les êtres humains ont évité ce danger grâce à des innovations techniques qui ont permis d'étendre les services qu'ils tirent de l'environnement. Certains diront qu'on peut continuer sans cesse à innover pour se tirer du pétrin; d'autres croient qu'on approche de la limite absolue. Le fin mot de l'histoire va de soi. Personne, sauf ceux qui sont totalement aveuglés par leurs intérêts personnels, ne défendrait l'idée de nous multiplier et d'exploiter de plus en plus nos ressources jusqu'à ce que nous ayons atteint la limite absolue.

Nous exploitons à l'extrême les ressources de la Terre pour assurer notre confort. Nous accroissons notre dépendance à l'égard de réserves de combustibles, de fertilisants et d'autres ressources limitées. Il est absurde de croire qu'une expansion encore plus grande permettrait d'éviter les problèmes dus à cette dépendance. Beaucoup d'individus et d'institutions voient venir les problèmes et sonnent l'alarme mais, en tant que civilisation, nous ne regardons qu'avec les yeux du produit intérieur brut et nous ne voyons pas les dangers. Nous devons élargir notre vision quand nous évaluons nos progrès, sans quoi la civilisation pourrait disparaître dans un délai si court qu'un enfant né aujourd'hui en serait témoin.

Le très populaire film Titanic nous fournit des analogies frappantes avec le drame de notre époque. Dans une certaine scène, le capitaine vient d'apprendre qu'il y a des icebergs dans le secteur. Le propriétaire du navire intervient en faisant valoir que tous les journaux le signaleraient à la une si le navire arrivait à New York une journée plus tôt que prévu. Il encourage alors le capitaine à activer les deux dernières chaudières pour augmenter la vitesse de croisière. Le capitaine ordonne de naviguer à pleine vapeur.

Quelque temps plus tard, après une tentative infructueuse de faire ralentir le navire pour éviter un iceberg, le propriétaire, le capitaine, le constructeur du navire et d'autres sont en train d'évaluer les dommages. Les données confirment que cinq chambres d'étanchéité prennent l'eau. L'ingénieur qui a conçu le navire explique qu'avec quatre chambres inondées, le navire peut rester à flot, mais pas avec cinq, car alors le poids va entraîner la proue vers le fond, permettant ainsi à l'eau de monter plus haut que la cloison d'étanchéité de la sixième chambre, ce mouvement en chaîne se propageant vers la septième chambre, puis la huitième... L'ingénieur conclut : « Le navire est en acier... Il va couler. »

Le grand navire de la civilisation avance à toute vapeur sur la mer du temps. Nous nous heurtons à des obstacles comme l'épuisement des stocks de poisson et des réserves de combustible, la déstabilisation de l'atmosphère, la contamination des sols, de l'eau et de l'air, la moindre fertilité des sols, la perte d'espèces, la croissance du chômage et la désintégration culturelle. Notre navire prend déjà l'eau. Et pourtant, les propriétaires d'entreprise nous encouragent à croître plus vite; il suffit de garder le cap et d'accroître la vitesse pour prospérer comme jamais une autre civilisation ne l'a fait. Presque tous les gouvernements du monde ont déjà été à la barre et nous avançons toujours plus vite, les yeux fixés sur le seul indicateur de vitesse qu'est le produit intérieur brut. Nous n'en sommes pas encore au point que notre sort est réglé, mais nous ne sommes pas non plus à l'abri des lois de la nature.

Le présent document signale des sujets de préoccupation et effleure quelques solutions possibles. Il ne s'agit pas d'une étude exhaustive; le financement initial a seulement permis de recueillir des données et d'en faire un sommaire partiel. Nous espérons néanmoins qu'il est suffisamment clair pour susciter des contributions additionnelles vers un développement continu.

Toutes les ressources que nous recevrons serviront à étendre la recherche documentaire, à consolider l'information et à l'organiser en un train de mesures législatives. Le défi consistera alors à recueillir l'appui populaire nécessaire pour donner à nos décideurs le courage de s'engager à recourir à davantage de mesures globales de bien-être. Si nous allons vers l'avenir en faisant attention à tous les facteurs qui touchent au bien-être, nous relèverons certes les défis qui se posent à nous et nous voguerons sur les eaux du temps pendant au moins sept autres générations.

Le projet de loi de la 7e génération

Proposition de campagne

Joe Jordan, le député de Leeds-Grenville, dans l'est de l'Ontario, est devenu député dans l'espoir de faire progresser la responsabilité environnementale. « La mesure du bien-être » est un pas dans cette direction. Ce document découle de son approbation de la campagne proposée ici.

Dans certaines cultures indigènes et anciennes, la tradition veut que l'on tienne compte des intérêts des sept générations à venir dans la prise de toute décision. Ce serait un signe de maturité de la part de notre société moderne que de faire la même chose.

Le présent document expose une stratégie pour la présentation d'un projet de loi à la Chambre des communes du Canada. Il vise à fournir une icône unificatrice pour toutes les personnes qui comprennent que l'objectif premier de la société ne doit plus être l'expansion économique perpétuelle, mais bien la durabilité.

Nous cherchons des appuis dans tout le Canada et dans le monde entier pour nous assurer de tirer le plus possible de la situation. La collaboration internationale est nécessaire. Comme la plupart des pays, sinon tous, ont les mêmes problèmes que le Canada, nous voulons que des citoyens d'autres pays travaillent à des initiatives similaires. Si tous les décideurs du monde tenaient compte de la 7e génération, les règles du jeu pourraient être relevées de telle sorte que nous évitions tous la spirale à la baisse créée par la mondialisation et une forme économique obsolète.

Le navire de l'État se caractérise par une énorme inertie. Il vogue dans la direction dans laquelle il a toujours vogué depuis avant qu'on ait seulement imaginé les limites de la planète. Les temps ont changé. Des limites écologiques et culturelles se présentent sur bien des fronts. Des problèmes catastrophiques nous attendent si nous ne changeons pas de cap. Ils ont été examinés et confirmés par des cerveaux parmi les meilleurs de la planète. Ils sont reconnus par presque tout le monde, sauf les personnes qui sont aveuglées par le déni de la réalité qui accompagne naturellement les importants intérêts acquis.

Une somme tellement énorme est investie dans l'actuel ordre des choses qu'il est difficile de changer de cap. Les personnes qui voient qu'un changement s'impose doivent sonner l'alarme. Le seul pouvoir que nous ayons en tant que citoyens et qui ne nécessite ni grande richesse ni le recours à la violence, c'est le pouvoir de la persuasion collective. Ce pouvoir s'exerce sur les niveaux subtils de la pensée et de la conversation, et directement par la démocratie. Le « projet de loi de la 7e génération » peut servir de catalyseur pour centrer ce pouvoir sur tous les niveaux.

Le « projet de loi de la 7e génération » pourrait tout aussi bien être baptisé « projet de loi de navigation » ou « projet de loi d'orientation ». Il propose de changer de direction ou de cap en axant les structures de la société sur la durabilité. Pour atteindre cet objectif, nous devons tirer parti du désir de l'être humain de vivre toujours heureux. Cette immense force motrice agira, si ceux qui travaillent actuellement en vue du bien-être appuient le projet de loi de la 7e génération. Si nous mettons à profit cette volonté populaire, nous pourrons même rejoindre les plus nantis et leur ouvrir les yeux sur les difficultés auxquelles nous sommes confrontés. Pour le bien de tous, nous devons changer de cap avant que l'État ne s'échoue sur les récifs de la pollution, de l'épuisement des ressources et du chaos social.

Yogi Berra a dit : « Quand on ignore où l'on va... on risque fort de ne pas y parvenir. »

Ce projet de loi a pour objet de perfectionner la manière dont nous mesurons l'évolution sociale. Les objectifs, que nous poursuivons en mesurant notre progrès, doivent être importants pour tous les membres de la société. Il ne suffit pas d'accroître les opérations monétaires, telles que mesurées par le PIB. Il peut être trompeur de supposer que la situation s'améliore simplement parce que les dépenses augmentent. Si l'activité monétaire est plus grande parce qu'on remplace des pacotilles, qu'on élimine des déchets toxiques ou qu'on bâtit des prisons, c'est que la situation se détériore.

La croissance pour la croissance, c'est bon pour les enfants. Ces derniers doivent grandir jusqu'à un certain point pour devenir autonomes. On sourit quand un enfant dit que, lorsqu'il sera grand, il continuera de grandir. On serait horrifié si, arrivé à maturité physiquement, il se mettait à prendre des drogues et des hormones pour atteindre son objectif. Il faudrait y penser à deux fois avant de prendre des mesures extrêmes pour perpétuer l'expansion économique. Au mieux, nous ferions un détour pour arriver au bien-être.

Selon ce projet de loi, le but de la société est de maintenir et, si possible, d'améliorer le bien-être de tous les membres des générations actuelles et futures. Ce bien-être exige l'accès à des aliments nutritifs, à un logement confortable, à des vêtements, à l'éducation et à la possibilité de travailler au sein des systèmes économiques qui assurent tout cela. Pour garantir le bien-être, il faut aussi des collectivités qui apportent un soutien et un sentiment d'admiration et d'appréciation. Notre but devrait être de voir à ce que tout cela existe, sans diminuer la capacité de la nature d'alimenter le processus.

Pour mesurer le progrès réalisé dans la poursuite de cet objectif, on aurait recours à une capitalisation du coût entier, une bonne gestion des produits et un système de suivi des choses que la population juge importantes.

Il est possible de perfectionner la stratégie qui se dessine. Les premières étapes vers la mise en oeuvre supposeraient ce qui suit :

1) Diffuser l'idée dans Leeds-Grenville.

Avant tout, il faut assurer le soutien local de l'initiative.

Les membres de la table ronde sur l'environnement de Leeds-Grenville pourraient jouer un rôle de premier plan pour formuler des avis et présenter l'idée en ayant recours à leurs propres réseaux crédibles. Des articles dans les journaux locaux fourniraient des détails pour conforter le contact personnel et rejoindre d'autres personnes.

En outre, un bulletin envoyé aux électeurs pourrait inclure un aperçu du projet de loi et une invitation personnelle à donner l'appui moral nécessaire pour lancer le processus à l'échelle nationale. L'occasion se prêterait bien pour demander aux électeurs leurs opinions sur ce que signifie le bien-être dans la collectivité.

L'appui des électeurs aidera à justifier l'effort déployé au sein du Parti libéral et l'expérience acquise au cours de cette première étape pourrait servir aux autres députés, à mesure que la campagne s'étendra à tout le pays.

2) Recueillir les idées sur la réorientation :

Les problèmes en cause n'ont rien de neuf; ils font l'objet d'une réflexion et de débats depuis des décennies. De nombreuses solutions excellentes ont donc été avancées. La première étape du projet consiste à interroger les personnes et les organisations qui prennent part à ce travail et à recueillir les meilleures idées pour apporter les adaptations nécessaires.

Cette étape a deux fonctions. L'une d'elles est de nous familiariser avec les mécanismes disponibles pour accomplir un changement d'orientation. L'autre est de faire savoir aux Canadiens intéressés qu'une mesure législative est en voie d'élaboration pour apporter les changements nécessaires. Cette démarche permettra non seulement de susciter des contributions, mais aussi d'établir des contacts avec des personnes et des groupes qui pourront par la suite aider à informer le public plus largement.

3) Rédiger le projet de loi :

Une fois recueillis le plus grand nombre de points de vue possible, nous pourrons rédiger le projet de loi avec le concours de personnes qui s'y connaissent en rédaction de lois.

4) Informer le grand public de la présentation du projet de loi :

À titre de proposition de mesure législative, ce « projet de loi de la 7e génération » aura un potentiel pédagogique énorme. Nous pourrions rédiger des documents expliquant le projet de loi de façon à préciser les problèmes et les solutions possibles. La présentation du projet de loi au Parlement est l'occasion de rejoindre tous les Canadiens et de leur faire savoir que, avec leur appui, le Parlement peut nous aider à évoluer collectivement vers le développement durable.

Selon moi, s'il était évident que les autorités fédérales appuient le changement d'orientation, un grand mouvement d'espoir se dessinerait. Trop de gens se résignent à l'idée que les forces qui dirigent l'économie de consommation sont insurmontables et qu'il ne sert à rien d'essayer d'y changer quoi que ce soit. Ce désespoir empêche bien des gens de prendre des initiatives qui, en soi, constitueraient une grande partie de la solution, face à la crise qui nous menace.

5) Mener une campagne pour faire adopter le projet de loi aux Communes :

Une fois que l'information sur la teneur du projet de loi aura bien circulé, ce sera le moment de le déposer. Lorsque la Chambre des communes en sera saisi, nous encouragerons les gens à discuter de la question avec leurs voisins et leur député afin de mobiliser les appuis.
Les inquiétudes quant à l'orientation de notre société sont suffisamment répandues pour qu'une mesure concrète de réorientation suscite un large appui populaire. Si le travail préliminaire s'accomplit efficacement, ce soutien se manifestera de façon si évidente que le gouvernement s'apercevra rapidement qu'il vaut mieux appuyer le projet de loi. De toute manière, le processus sera instructif et suscitera un vif intérêt.

6) Dimension internationale :

Tout pays qui assumerait la pleine responsabilité des répercussions sociales et environnementales serait désavantagé face à la concurrence dans l'économie mondialisée telle que nous la connaissons. Nous lançons un appel aux habitants de tous les pays pour qu'ils collaborent à une oeuvre commune. Il faut prévoir des mesures élargies pour assurer le bien-être dans le Système des comptes nationaux auquel les pays doivent adhérer lorsqu'ils deviennent membres de l'ONU. Si la 7e génération est toujours prise en considération dans la prise de décisions, nous pourrons relever le niveau général au point que notre tâche commune sera d'assurer le mieux possible le bien-être à long terme.
Pour de plus amples renseignements, veuillez écrire (aucun affranchissement nécessaire) à :
Marlene Jennings, député
Édifice de l'Ouest, 403
Chambre des communes
Ottawa K1A 0A6
(613) 995-2251

ou faire parvenir un courrier-el à Pierric Le Dorze à l'adresse : jennim8@parl.gc.ca

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