Comment allons-nous?

Les gens, les collectivités et les écosystèmes

À l'heure actuelle, les politiques officielles reposent sur l'hypothèse que l'expansion de l'activité économique - la croissance - est la seule voie vers le bien-être. Cela a peut-être déjà été vrai, mais les choses ont changé. En mesurant la croissance d'un bébé, on peut déterminer assez bien s'il se développe normalement. Mais la même mesure n'est plus valable lorsqu'il s'agit du bien-être d'un adulte. La " Loi canadienne sur la mesure du bien-être " propose un système de mesure propre à évaluer le bien-être d'une société mûre.

La " Loi canadienne sur la mesure du bien-être " (LCMB) a été présentée à la Chambre des communes lorsque la noirceur de l'hiver a cédé le pas à la promesse du printemps. Parrainée par Joe Jordan, député de Leeds-Grenville, cette loi appelle le public à fournir de l'information sur les éléments auxquels nous attachons de la valeur et sur les moyens de savoir s'ils deviennent meilleurs ou pires. Si le projet de loi devient loi, cette contribution, conjuguée à l'expérience des personnes et organisations qui connaissent bien l'évaluation des conditions sociales et environnementales, aidera à établir un système de mesure pouvant guider notre société sur la voie des changements à venir.

De plus en plus de gens reconnaissent les limites des mesures habituelles du progrès. Le produit intérieur brut (PIB) n'est que le total de tous les échanges monétaires effectués pendant une année. Par exemple, il n'établit aucune distinction entre les fonds consacrés à l'éducation et l'argent dépensé pour nettoyer les dégâts après les accidents routiers. Le PIB présente pêle-mêle les bonnes et les mauvaises dépenses, mais il ne rend nullement compte du travail non rémunéré au sein des foyers et des collectivités, sans lequel notre bien-être subirait un énorme recul. Le PIB ne reconnaît aucune variation dans la disponibilité des ressources naturelles, et la pollution n'y est prise en compte que par les coûts de la dépollution et des médicaments.

Prendre des décisions en se fiant surtout à l'information fournie par le PIB équivaut à conduire un autobus les yeux rivés sur le compteur de vitesse. Le " compteur de vitesse " du PIB a sa place, mais il n'explique pas certaines questions d'importance. La morue de l'Atlantique constitue un exemple classique. La contribution de cette ressource au PIB a augmenté de façon régulière jusqu'à sa disparition. Or si on avait disposé d'un autre instrument sur le tableau de bord, qui aurait mesuré la variation des stocks de poissons, on aurait pu agir et éviter le désastre qui a suivi.

On devrait équiper le " tableau de bord " de toute société moderne d'un large éventail d'instruments indiquant les variations dans les stocks de ressources naturelles, les niveaux de pollution, la biodiversité, la durabilité des biens, la satisfaction au travail, la qualité de l'éducation et des soins de santé, le temps de loisirs, le travail non rémunéré, les activités criminelles et d'autres facteurs importants.

La contribution du public envisagée dans la LCMB correspond au pare-brise de l'autobus. Nous devons garder les yeux sur la route. Soixante millions d'yeux observent ce qui se passe au Canada. Lorsqu'il existe des problèmes, les gens s'en rendent compte. Partout dans le pays, des particuliers, des organismes et des réseaux ont reconnu les problèmes et déploient des efforts héroïques pour que notre régime de gouvernement les reconnaisse et les règle. Ces gens peuvent nous indiquer ce qu'il faut surveiller pour détecter les changements dans notre bien-être. Notre système de mesure doit être ouvert à cette contribution, et il doit demeurer ouvert pour le cas où de nouveaux facteurs devraient être pris en considération.

Il y a très longtemps, les organismes vivants de la planète n'avaient pas d'yeux. Puis des cellules réussirent à développer des capteurs de la lumière. Lorsque ces cellules intégrèrent le système nerveux central d'un organisme, il devint plus facile pour ce dernier de trouver de la nourriture, d'éviter les prédateurs et de mettre au monde des descendants. De nos jours, nous pouvons constater les impacts environnementaux de l'expansion rapide de l'humanité sur l'étroite superficie de notre planète. Nous pouvons observer des situations sociales où les gens s'épanouissent, et d'autres où les désavantages et le stress causent des dépressions et différents problèmes de santé. Les institutions qui nous gouvernent, auxquelles nous confions l'argent de nos impôts pour qu'elles s'occupent de problèmes d'intérêt commun, n'ont pas encore d'organes des sens leur permettant d'observer adéquatement les réalités sociales et environnementales. En établissant des liens entre les gens qui connaissent ces réalités et le processus relatif aux nouvelles mesures du bien-être, la LCMB peut donner lieu à une amélioration notable des structures qui nous gouvernent.

Ce que nous comptons et ce que nous mesurons reflète ce à quoi nous attachons de la valeur! Lorsque nous comptons uniquement l'argent, les discours concernant l'environnement et la cohésion sociale ne se traduisent pas en actes. Lorsque nous légitimisons d'autres facteurs en les mesurant et en produisant des rapports à leur sujet dans notre mesure fondamentale du progrès, ils deviennent visibles. Cette visibilité permet à quiconque d'observer comment les politiques et les interventions ont une incidence sur les mesures. Une meilleure connaissance des causes et effets incitera donc naturellement les décideurs à envisager l'effet éventuel de leurs décisions sur les mesures, de sorte que le processus de gestion évoluera vers le mieux-être.

Après avoir compris les possibilités offertes par des instruments de mesure améliorés, nous n'accepterons plus jamais un système reposant sur une perspective étroite.

Vous êtes invités à vous joindre à la discussion publique sur la mesure du bien-être et à contribuer à faire de la " Loi sur la mesure du bien-être " une loi véritable. Dans le Budget 2000, le gouvernement promet de développer " une série d'indicateurs permettant de mesurer notre rendement sur le plan écologique, de façon intégrée avec le rendement économique ". C'est un pas dans la bonne direction, mais il n'y a aucun engagement d'inclure les facteurs sociaux dans les indicateurs, ou de mettre le public à contribution pour ce qui est de déterminer ce qui importe vraiment. Vous pouvez aider à la mise au point d'un éventail completd'indicateurs et de rapports produits indépendamment de toute influence politique.

N'hésitez pas à communiquer avec nous pour une " Trousse de participation du public ". La trousse fournit des renseignements de base sur la mesure du bien-être, des renseignements pour aider d'autres personnes à mieux comprendre le dossier, des suggestions pour stimuler la discussion lors des réunions et des feuilles de rétroaction pour nous faire connaître votre point de vue, ce qui nous permettra de créer un système de mesure tenant compte des préoccupations des citoyens.

Pour renseignements : La mesure du bien-être, à l'adresse
sustain@web.net
ou écrire à : B.P. 374, Merrickville (Ontario) K0G 1N0.

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Last Update: March 25, 2000
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